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Médaille Lavoisier

La Société Philomathique de Paris et les Sciences exactes

Premier tiers du XIXème siècle

par René TATON, philomathe


Par réaction peut-être contre le rôle important qui leur était accordé dans les travaux de l'Académie royale des Sciences, les sciences physico-mathématiques ne tenaient qu'une place réduite dans les préoccupations des six jeunes savants amateurs, de niveau au demeurant assez modeste, qui, à la fin de 1788, fondèrent la Société Philomathique de Paris. Et seuls deux chimistes, Louis-Nicolas Vauquelin et Armand Seguin, et le célèbre inventeur Claude Chappe méritent d'être cités parmi les 26 nouveaux membres que cette Société recruta jusqu'en juillet 1793. La suppression de l'Académie royale des Sciences ordonnée par la Convention le 8 août 1793 allait modifier brusquement cette situation en amenant la Société Philomathique de Paris à admettre en quelques mois une vingtaine de membres nouveaux, dont quelques-uns des représentants les plus marquants de la science française de l'époque : dix anciens académiciens et sept futurs membres de l'Institut national. Si cinq physico-mathématiciens de grand talent J.-B. Le Roy, Monge, Prony, Laplace et S.-F. Lacroix et quatre chimistes aussi éminents que Berthollet, Fourcroy, Lavoisier et Darcet firent partie de cette promotion exceptionnelle, leur participation effective aux activités de la Société fut trop réduite pour en modifier l'orientation. Par ailleurs, le fait qu'un quart seulement des membres de l'ancienne Académie aient été alors intégrés dans le cadre de la Société Philomathique ne permet pas de la considérer comme le relais de celle-ci pendant les deux années qui s'écoulèrent avant sa reconstitution dans le cadre de l'Institut national en octobre 1795. Comme société libre, la Société Philomathique put fonctionner pendant toute cette période et recruter de nouveaux membres, tels que le minéralogiste Haüy, mais les contingences politiques réduirent son activité au strict minimum. Si la Société elle-même ne semble pas avoir subi d'épuration autoritaire comme d'autres organismes de l'époque, certains de ses membres furent éloignés de Paris, arrêtés, voire exécutés, comme le plus illustre d'entre eux, Lavoisier, entré à la Société le 14 septembre 1793, arrêté le 28 novembre 1793 et guillotiné le 8 mai 1794, en même temps que la plupart des autres fermiers généraux. A ce sujet, on ne peut que regretter que la Société Philomathique de Paris n'ait engagé aucune démarche pour tenter de sauver la vie de cet illustre membre, ainsi que le firent deux autres organismes auxquels appartenait le créateur de la chimie moderne, le Bureau consultatif des Arts et Métiers et la Commission temporaire des poids et mesures. Mais peut-être son statut de société libre ne lui permettait-il pas d'intervenir directement auprès de comités officiels ?

Parmi la douzaine d'élections qui eurent lieu entre le 9 thermidor an III (27 juillet 1794) et les premières nominations de membres de la première classe de l'Institut national qui prenait la suite de l'ancienne Académie royale des Sciences (20 novembre 1795), seules sont à noter celle de Hauy et la réélection de S.-F. Lacroix. Ce dernier fut bientôt l'un des principaux artisans de la rénovation de la Société et de son adaptation aux nouvelles conditions de la vie et de l'activité scientifiques résultant de la création et du succès de l'Ecole polytechnique et des autres institutions d'enseignement et de recherche fondées par la Révolution. L'entrée progressive de nombreux membres liés professionnellement à ces nouveaux établissements, le développement du Bulletin de la Société et sa diffusion plus large, les contacts établis avec l'Institut et avec d'autres sociétés entraînèrent vers le début du siècle son essor rapide et le renforcement de son prestige dans tous les milieux scientifiques. En quelques années, l'entrée (1798) du chimiste Chaptal, l'un des premiers disciples de Lavoisier, le retour de Laplace illustrent les excellents rapports de la Société avec l'Institut, tandis que les élections de Biot, Costaz, Thénard, Lancret, Poisson, Conté, Gay-Lussac, Hachette, Delaroche, Ampère, Girard, Malus, Arago, Chevreul, Puissant, Dulong et Cauchy font de la Société Philomathique de Paris l'un des centres de la vie scientifique si active de Paris à l'époque du Consulat et de l'Empire. Comme le note J. Mandelbaum dont la thèse récente (1980) a enrichi et partiellement renouvelé notre connaissance de l'histoire de la Société Philomathique de Paris, on sent dans le désir des philomathes d'oeuvrer en liaison avec le travail collectif mené par l'institut et d'autres organismes leur souci de préserver « le caractère particulier de la Société, simultanément au centre de la vie scientifique parisienne, et gardant son particularisme de cercle intime fonctionnant en marge de l'académisme officiel».

Avant de rappeler les noms (les principaux physico-mathématiciens élus à la Société au cours de la période suivante et d'examiner plus en détail l'activité de certains de ces philomathes en liaison avec leur appartenance à cette société, il importe de donner quelques éléments d'information sur les modalités de recrutement des nouveaux membres et sur leur évolution au cours de la période concernée. Fin 1797, le nombre des membres de la Société Philomathique avait été fixé à 50, compte non tenu ni des membres correspondants – plus nombreux en fait, surtout dans les divers domaines des sciences naturelles - ni de la nouvelle catégorie des membres émérites créée en 1799. Chaque membre devait payer une cotisation et, en théorie du moins, intervenir de façon assez régulière an cours des séances, contraintes dont étaient libérés les membres ayant obtenu l'éméritat soit à cause de leur âge, soit après vingt années passées dans la Société. Entre 1798 et 1832, 114 places de membres ordinaires furent ainsi libérées et soumises à renouvellement, plus de la moitié l'étant par passage de leurs titulaires au rang d'émérites, voire de correspondants, un quart par décès et les autres par démission ou radiation. Les procédures de dépôt et d'examen des candidatures et de recrutement par cooptation étaient conçues sur le modèle académique et l'abondance des candidatures pendant la période étudiée retarda ou compromit l'élection de certains candidats de valeur. Il est vrai tout d'abord que les talents intellectuels et scientifiques du candidat n'étaient pas les seuls critères de choix et que les qualités de sociabilité étaient également prises en compte dans les rapports des commissaires. C'est ainsi qu'en présentant pour correspondants les deux éminents savants britanniques Humphry Davy et Thomas Young, Jean-Baptiste Biot écrit le 5 frimaire an II (26 novembre 1802) :

Tous les témoignages se réunissent pour attester la prévenance de leurs manières et la douceur de leur commerce. Ces qualités que peut-être ailleurs on regarderait comme inutiles, ont toujours été considérées par la Société Philomathique comme des conditions nécessaires. Le talent le plus sublime, lorsqu'il n'est pas joint à l'aménité du caractère, doit se contenter de la gloire et de la célébrité [...]. Il ne faut pas qu'il se place parmi les hommes [qui estiment? ] les liens de l'amitié la plus sincère (J. M., p. 113).

Il est vrai également que les sympathies personnelles des votants ne pouvaient manquer d'intervenir et que, dans une telle société, le système de recrutement par cooptation risquait de pérenniser la sur-représentation de certaines disciplines - en particulier les sciences naturelles, la médecine, la chirurgie, la pharmacie et l'agronomie – au détriment des sciences physico-mathématiques, et tout particulièrement des mathématiques pures et de l'astronomie. Effectivement, comme le montre J. Mandelbaum, « cette majorité - celle des sciences de la nature - présente chez le noyau des fondateurs est restée fermement implantée tout au long de notre période» (J. M., p. 126) (41 % du total des membres et des correspondants, contre 14 % pour l'ensemble des sciences exactes, à côté de plus de 17 % pour les seuls médecins et chirurgiens). Cependant, Mandelbaum note que « si les sciences exactes sont restées numériquement faibles, elles ont été représentées par des hommes qui, tels Biot, Lacroix, Poisson et Ampère, ont joué un rôle particulièrement actif comme officiers et commissaires rédacteurs » du Bulletin de la Société et elles ont su s'associer des correspondants étrangers prestigieux. Le phénomène de professionnalisation croissante de la science, de plus en plus net au cours de la période qui nous intéresse, était accompagné d'un phénomène parallèle et complémentaire de spécialisation, à la fois dans les carrières individuelles et dans les sociétés savantes, que, malgré son souci permanent de discussion pluridisciplinaire, la Société Philomathique de Paris ne pouvait ignorer. Aussi en 1821 constitua-t-elle en son sein sept sections, les unes de six membres, les autres de huit, dont les trois premières « Mathématiques, astronomie et géographie; Physique générale et mécanique appliquée; Chimie et arts chimiques ». Cette division fut en même temps étendue à la rédaction du Bulletin de la Société où une spécialisation progressive s'était d'ailleurs déjà instituée : Fourier, Biot et Chevreul furent en 1821 les responsables des trois rubriques correspondantes, auxquels l'année suivante succédèrent Francœur, Fresnel et Pelletier. La simple liste de ces rédacteurs atteste du prestige justifié dont jouissait alors dans le monde scientifique la Société et son Bulletin. Mais, et nous y reviendrons, l'apparition de nouveaux périodiques scientifiques pluridisciplinaires aux objectifs analogues allait rapidement modifier cette situation et amener à la fois la disparition de ce Bulletin prestigieux, du moins sous sa forme d'organe de diffusion rapide d'informations scientifiques présentées sous une forme brève, voire laconique, mais précises et souvent originales; et, corrélativement le déclin de la Société dont ce Bulletin était devenu la principale raison d'être, du moins pour ceux de ses membres les plus confirmés, déjà pourvus d'autres titres et de situations stables.

Pour les jeunes scientifiques, il n'en était pas de même et une candidature à la Société Philomathique pouvait conserver certains des attraits qui en avaient fait pendant un tiers de siècle l'un des moteurs de la vie scientifique française. En dehors de la possibilité, déjà évoquée, de faire connaître rapidement, par la voie du Bulletin, ses principales découvertes et de marquer ainsi sa priorité, d'autres motivations justifiaient toujours le désir d'entrer à la Société. Certaines d'entre elles étaient, depuis la rénovation de la Société, le désir de faire carrière dans les nouvelles structures universitaires, scientifiques et techniques et, à cette fin d'enrichir son curriculum vitae d'un titre déjà reconnu, de participer à des discussions souvent enrichissantes et de faire la connaissance de membres plus anciens susceptibles d'apporter leur appui dans la recherche ou l'amélioration de la situation du candidat. En liaison avec cette motivation, on trouve aussi fréquemment l'idée, partiellement exacte pour notre période, que la Société Philomathique de Paris était considérée par beaucoup comme l'antichambre du temple de la science française, l'Académie des Sciences. Avant de citer deux témoignages précis sur les motivations de certains candidats à la Société Phiomathique, celui du naturaliste Augustin-Pyramus de Candolle et celui du physicien Augustin Fresnel, il importe effectivement de noter, à la suite de J. Mandelbaum, que sur 189 philomathes entrés comme membres entre 1788 et 1835, 103, soit 54,5 %, ont été aussi académiciens. Mais venons-en au premier témoignage, celui de Candolle qui, dans ses Mémoires et souvenirs (Genève, 1862, p. 96-97), rappelle le souvenir de son entrée à la Société en juillet 1798 :

Le premier résultat de ma présentation à l'Institut fut de me faire recevoir membre de la Société Philomathique, en remplacement de Ventenat, qui l'avait quittée. Je fus aussi appelé de suite à le remplacer comme membre de la commission du Bulletin. Cette société était alors la pépinière de l'Académie des Sciences, et la commission était composée de ses membres les plus distingués. Je me trouvai, dans cette petite réunion, intime collègue de MM. Alex. Brongniart, Duméril, Cuvier, Biot, Lacroix et Sylvestre. Nous nous réunissions chez l'un de nous le samedi soir, après la séance de la Société. Notre réunion était composée d'amis intimes et de savants zélés. Non seulement j'ai appris beaucoup avec eux, mais j'eus le bonheur de gagner assez promptement leur amitié (J. M., p. 74).

Revenant plus loin sur ces réunions philomathiques, Candolle mêle des considérations plus matérielles au souvenir des bénéfices intellectuels qu'il en tira [...] j'étais le plus jeune d'environ dix ans. J'étais aussi moins avancé que mes collègues dans la carrière des places, qui étaient leur but commun, et qui devint bientôt le mien quand, une fois marié, je commençai à sentir l'utilité de l'argent, dont je ne m'étais jamais douté jusque-là. Leur exemple et leur conversation m'en inspirèrent le désir; en même temps, leurs conseils et leur protection me furent utiles à ce point de vue. J'ai appris dans cette société à connaître les hommes et les mobiles cachés de bien des choses. J'y ai aussi beaucoup appris d'histoire naturelle, et je crois que sans cette réunion il m'eût été impossible de faire plus tard des cours de zoologie, science que j'ai à peine apprise autrement que par à conversation. J'ai vu éclore et entendre discuter entre amis éclairés tous les travaux de Cuvier, de Duméril, de Geoffroy [Saint-Hilaire], etc., et quand plus tard j'ai relu leurs ouvrages, ils me faisaient l'effet de perpétuelles réminiscences. Cette réunion de gaîté, de commérage et d'instruction nous était très précieuse, et nous ne la manquions presque jamais. Elle reste encore dans mon souvenir comme une des choses les plus agréables de ma vie (J. M., p. 75-76).

Quant à Augustin Presnel, au printemps 1818, fixé à Paris depuis peu et en pleine compétition pour faire admettre ses idées novatrices, avec l'appui de ses amis Arago et Ampère, il est ravi à la pensée d'être bientôt, pense-t-il, élu à la Société Phiomathique et il espère en tirer à la fois un profit matériel et intellectuel. C'est à son frère Leonor que, le 23 avril 1818, il confie tous ses espoirs :

Je serai bientôt membre de la Société Philomathique. MM. Magendie et Ampère m'ont offert de m'inscrire sur la liste des candidats à la première occasion, c'est-à-dire à la première place vacante. Je pourrai alors mettre un titre scientifique en tête de mes mémoires, ce qui ne laissera pas d'être fort agréable. J'y vois un grand avantage sous le rapport de l'instruction et de l'habitude que je pourrai y acquérir de parler et de discuter en public; car la Société Philomathique est l'arène où combattent les partisans des différentes doctrines scientifiques [...]
(J. M., p. 99).

Cependant, bien qu'il ait été mis sur la liste des candidats dès le 25 avril 1818, il ne sera élu qu'à la troisième place vacante le 3 avril 1819. Il publiera alors plusieurs notes extrêmement importantes dans le Bulletin de la Société, dont il sera d'ailleurs l'un des rédacteurs pour les années 1822-1824.

Mais cette évocation de l'un des plus prestigieux philomathes du premier tiers du XIXe siècle nous amène à signaler très rapidement les principaux physico-mathématiciens français élus à la Société après la chute de l'Empire, et à compléter ainsi la liste de leurs prédécesseurs donnée précédemment. Insensible semble-t-il aux bouleversements politiques, peut-être du faste de son statut de société privée, la Société Philomathique de Paris Poursuivit, après 1815, sa politique de recrutement par comblement rapide des places devenues disponibles. C'est ainsi que pour la période 1816-1832, on note l'élection de 19 physico-mathématiciens ou chimistes de valeur, soit plus d'un par an en moyenne le chimiste Nicolas Clément en 1816, Fourier et le physicien Alexis Petit en 1818, Fresnel et Navier en 1819, Despretz en 1820. Pouillet en 1822, Antoine-César Becquerel en 1823, J-B. Dumas. Félix Savart et Félix Savary en 1825, Coriolis en 1830, J.-M.-C. Duhamel et Charles Storm en 1831, Payen, Liouville et Lamé en 1832.

L'énoncé de cette liste de nouveaux philomathes recrutes en une quinzaine d'années semble démontrer le maintien de la vitalité d'une société qui, vers 1820, tenait une place privilégiée dans l'animation de la vie scientifique française, alors que des savants tels que Biot, Ampère, Gay-Lussac, Arago, Poisson, Cauchy, Fresnel ou Fourier réservaient à son Bulletin la priorité dans la révélation de certains des résultats qu'ils avaient obtenus ou des théories nouvelles qu'ils proposaient. Dans la plupart des cas, il s'agissait là de la publication sous forme très condensée de travaux déjà présentés d'une façon plus détaillée à l'Académie des Sciences ou dans l'une des sociétés scientifiques spécialisées récemment constituées. C'est ainsi que l'important mémoire de Cauchy, « Recherches sur l'équilibre et le mouvement intérieur des corps solides ou fluides, élastiques ou no. élastiques », fondamental dans l'histoire de la théorie de l'élasticité et qui fut à l'origine dusse ardente polémique avec Navier, présenté à l'Académie des Sciences le 30 septembre 1822, ne fut longtemps connu qu'à travers un résumé de 5 pages publié dans le fascicule de janvier 1823 du Bulletin de la Société. Mais, dans certains cas, les notes ainsi publiées avaient également été présentées devant la Société où des discussions trés animées pouvaient intervenir, tout particulièrement en cette période où des théories physiques aussi importantes que la théorie ondulatoire de la lumière, l'électromagnétisme, l'atomisme, etc., étaient en cours d'élaboration, de développement et de contestation.

Le caractère à la fois pluridisciplinaire et ouvert de la Société donnait un caractère très particulier à de telles discussions que l'opinion de savants de spécialités très diverses pouvait enrichir tout en calmant peut-être certaines oppositions ayant pris un caractère trop personnel et partial. Des personnalités aussi riches et originales qu'Ampère, Arago, Fresnel et Fourier pouvaient sans nul doute intervenir utilement dans de tels débats de nature variée que les traditions académiques ne permettaient pas d'instaurer aussi librement au sein de l'Académie des Sciences. Mais c'est au moment même où la Société Philomathique de Paris connaissait une aussi brillante réussite tant dans son recrutement que dans certains débats instaurés au cours de ses séances et surtout dans la réputation acquise par son Bulletin, devenu l'un des organes essentiels de diffusion des travaux de la science française, que se dessinaient les premiers signes d'un rapide déclin. Organisme privé, la Société vivait en effet très petitement à la fois des cotisations de ses membres et des abonnements divers souscrits à son Bulletin. Mais comme la plupart des publications de ce genre, ce dernier avait des finances très fragiles, à tel point que plusieurs interruptions de publication et réformes de structure intervinrent au cours de cette période, sans réussir à triompher réellement de difficultés financières sans cesse renaissantes. La création de nombreuses revues nouvelles, spécialisées, pluridisciplinaires, voire encyclopédiques, empêchait en fait tout développement et risquait à chaque instant de détruire un équilibre extrêmement délicat. Mais le risque essentiel était de voir apparaître une publication qui enlèverait progressivement au Bulletin une partie de ses contributions les plus originales et de ses auteurs les plus prestigieux.

C'est ce qui intervint avec la fondation en 1823 du Bulletin général et universel des annonces et des nouvelles scientifiques, dirigé et financé par un naturaliste amateur, le baron de Férussac, ancien officier au corps royal d'état-major, fondation qui prélude au lancement en 1824 d'un recueil mensuel encyclopédique, le Bulletin universel des sciences et de l'industrie, composé de huit sections indépendantes, dont les deux premières, le Bulletin des sciences mathématiques, astronomiques, physiques et chimiques et le Bulletin des sciences naturelles et de géologie concurrençaient directement le Bulletin de la Société en prenant comme responsables de ses différentes rubriques certains des phiomathes les plus actifs, voire les plus éminents, et surtout, en faisant progressivement place aux articles originaux et aux notes inédites qui étaient la principale source du prestige de l'organe de la Société. Ce dernier, bien qu'ayant pris le nom de Nouveau Bulletin, interrompit sa publication après la sortie des tomes de 1825 et 1826. Un nouvel espoir revint lorsque, à la fin de 1831, le baron de Férussac eut renoncé, pour des raisons financières, à la publication de son bulletin bibliographique encyclopédique qui, pendant six ans, avait remplacé celui de la Société Phiomathique. Aussi cette dernière publia-t-elle deux nouveaux tomes de son Nouveau Bulletin en 1832 et 1833. Mais la sortie d'une nouvelle publication encyclopédique, L'institut, fondée par le publiciste Eugène Arnoult, ruina ce nouvel espoir. Enfin, la création en août 1835 pat l'Académie des Sciences, à l'instigation de son secrétaire perpétuel Arago, des Comptes rendus hebdomadaires de cette compagnie enlevait au bulletin de la Société Philomathique sa qualité essentielle, celle de révéler rapidement les résultats nouveaux de la science française. La Société interrompit donc alors la publication de son bulletin, mais conclut en 1836 un accord avec l'hebdomadaire L'institut qui accepta de publier régulièrement les comptes rendus de ses séances et d'en faite régulièrement des tirés à part.

Mais, il ne s'agissait évidemment là que d'un pis-aller et les initiatives successives du baron de Férussac, d'Eugène Arnoult et de François Arago ont amené la disparition virtuelle d'une revue qui avait tenu une place originale et essentielle dans la vie scientifique française dans le premier tiers du six, siècle. Nous limitant ici au seul domaine des sciences mathématiques, astronomiques, physiques et chimiques, il est équitable et important de rappeler que par la qualité de certains de ses membres, par l'intérêt d'une partie des débats qu'elle organisa, suscita ou abrita dans ses séances et surtout par la diffusion rapide de l'information scientifique qu'assura son Bulletin pendant une trentaine d'années, la Société Philomathique de Paris a joué un rôle original et essentiel dans le développement des sciences physico-chimiques en France dans le premier tiers du XIXe siècle.

En complément à cette brève étude, il parait utile de dresser pour la période considérée (fin du XVIIIe siècle - premier tiers du XIXe siècle) deux listes parallèles, et complémentaires, de mathématiciens, mécaniciens, astronomes, physiciens et chimistes éminents de cette époque la première rassemblant les noms de ceux qui, pour des raisons diverses, de caractère personnel, de circonstances ou de refus de l'une des deux parties, n'ont pas appartenu à la Société Philomathique de Paris; la seconde, regroupant par ordre chronologique de leur élection les noms, déjà cités pour la plupart, des scientifiques de ces spécialités qui ont été élus au sein de cette Société au cours de cette période. Enfin, quelques exemples caractéristiques seront évoqués plus en détail, afin d'esquisser les rapports de l'activité philomathique de certains membres avec l'ensemble de leur oeuvre et de leur carrière.

Tout d'abord, en prenant pour source principale de comparaison la liste des principaux académiciens des spécialités en question pour la période considérée, on peut noter qu'une bonne part d'entre eux n'ont pas été phiomathes. C'est le cas, en particulier :

- des mathématiciens suivants: Lazare Carnot (1753-1823), J. A. Cousin (1772-1800), Charles Dupin (1784-1873), Joseph-Louis Lagrange (1736-1813), Adrien-Marie Legendre (1752-1833), Louis Poinsot (1774-1859) et Alexandre Vandermonde (1735-1796);
- des mécaniciens Abraham-Louis Breguet (1747-1813), Charles Bossut (1753-1814), Charles-Augustin Coulomb (1774-1806), Pierre Molard (1759-1830), Etienne Montgoffier (1745-1799) et son frère Joseph (1740-1810) et Constantin Périer (1742-1828);
- des astronomes Charles de Borda (1738-1799), Alexis Bouvard (1767-1843), Jean-Baptiste Delambre (1749-1822), Jérôme de Lalande (1732-1807), P.-P.-A. Méchain (1744-1804), Charles Messier (1730-1817) et Alexandre Pingré (1711-1796);
- des physiciens Mathurin Brisson (1728-1806), Louis Lefèvre-Gineau (1751-1829) Alexis Rochon (1741-1817);
- enfin des chimistes Louis-Bernard Guyton de Morveau (1737-1816) et Louis Proust (1754-1826).

Après ce rappel des noms des principaux représentants des sciences exactes qui, au cours de la période considérée, n'ont pas figuré dans la liste des membres de la Société Philomathique de Paris, il est intéressant d'indiquer, par ordre d'entrée, les noms, déjà cités, de ceux qui y furent admis. Avant la suppression de l'Académie royale des Sciences, le 8 août 1793, la Société Philomathique de Paris ne compte parmi ses membres que trois représentants assez connus des sciences physico-mathématiques ou techniques deux chimistes Nicolas-Louis Vauquelin (1763-1829) et Armand Seguin (1767-1835), admis respectivement le 9 mars 1789 et le 24 mars 1790 et un inventeur qui sera bientôt célèbre, Claude Chappe (1763-1805), élu membre le 31 décembre 1791 sur proposition de Silvestre. A côté d'eux, on ne trouve aucun mathématicien, astronome ou physicien de quelque renom. Par contre, parmi les membres recrutés dans les derniers mois de 1793, on distingue un groupe de savants éminents, pour la plupart anciens membres de l'Académie des Sciences. C'est ainsi que le 14 septembre 1793 sont élus trois chimistes de grande valeur : Claude Berthollet (1748-1822), Antoine Fourcroy (1755-1809) et Antoine-Laurent Lavoisier (1743-1794), bientôt suivis, le 28 septembre, du mathématicien Gaspard Monge (1746-1818) et du mécanicien Gaspard Riche de Prony (1755-1839), le 3 novembre, du chimiste jean Darcet (1725-1801) et du mathématicien et théoricien Pierre-Simon Laplace (1749-1827), enfin, le 3 décembre 1793, du mathématicien Sylvestre-François Lacroix (1765-1843), déjà correspondant de la Société depuis le 29 décembre 1792. En dehors du minéralogiste René-Just Haüy (1743-1822) qui souhaitait depuis 1791 participer aux réunions de la Société et qui y fut enfin admis le 31 juillet 1794, quelques jours après la chute de Robespierre, au cours des années suivantes le recrutement fut stoppé ou du moins très ralenti, le chimiste Jean Chaptal (1756-1822) étant coopté le 21 juillet 1798 et le jeune mathématicien et physicien Jean-Baptiste Biot (1774-1862) le 2 février 1801. Par contre, à partir de 1803, les élections de jeunes savants aux débuts de carrière prometteurs se font plus nombreuses. Ce sont, en 1803, celles du chimiste Jacques Thénard (1777-1857), le 17 juin, du mathématicien Michel-Ange Lancret (1774-1807), le 29 novembre, et du mécanicien Denis Poisson (1781-1840), le 6 décembre, suivies, le 28 février 1804, de celle du chimiste et inventeur Nicolas Jacques Conté (1755-1808) et le 26 mars 1805, de celle du physico-chimiste Joseph Gay-Lussac (1778-1850). En 1807 six élections sont à citer celles du chimiste Aniédée Berthollet (1780-1810), du physicien François Delaroche (1775?-l813), et du mécanicien Jean-Nicolas Hachette (1769-1834), le 24 janvier, celles du mathématicien et physicien André-Marie Ampère (1775-1836) et du chimiste jean Darcet fils (1777-1844), le 7 février, et celle (le l'ingénieur Pierre-Simon Girard (1765-1831), le 13 décembre, De même l'année 1810 voit quatre élections, celles du mathématicien et physicien Etienne-Louis Malus (1775-1812), de l'astronome et physicien François Arago (1786-1853), et du chimiste Eugène Chevreul (1786-1889), le 21 avril, et celle du géodésien Louis Puissant (1769-1843), le 10 mai.

Suivent, de façon plus espacée, les nominations d'autres physico-mathématiciens de talent, relativement jeunes pour la plupart, celles du physicien Louis Dulong (1785-1838), le 28 mars 1812, du mathématicien Augustin Cauchy (1789-1853), le 31 décembre 1814, de l'ingénieur Nicolas Clément (1788-1841), le 13 janvier 1816, du mathématicien et physicien Joseph Fourier, futur secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences (1768-1830), le 7 février 1818, et du physicien Alexis Petit (1791-1820), le 21 février 1818. Favorisé par la progression des décès et des mises à l'éméritat, ainsi que par la création, en 1821, de sections spécialisées, le renouvellement des membres actifs se poursuivit au cours des années suivantes, permettant l'entrée à la Société Philomathique de Paris de quelques jeunes mathématiciens, mécaniciens ou chimistes et surtout d'assez nombreux physiciens au fait des tendances nouvelles de leur science et des principales questions en discussion. Parmi les mathématiciens et mécaniciens élus entre 1819 et 1832, les plus marquants sont Augustin Fresnel (1788-1827) et Claude Navier (1785-1836) en 1819, jean-Victor Poncelet (1788-1867) en 1822, Gustave Coriolis (1792-1843) en 1830, J.-M.-C. Duhamel (1797-1872) et Charles Sturm (1803-1855) en 1831, Joseph Liouville (1809-1882) et Gabriel Lamé (1795-1870) en 1832. La chimie ne semble pas favorisée pendant cette période, avec deux nouveaux membres seulement à signaler Jean-Baptiste Dumas (1800-1884) élu en 1823 et Anselme Payen (1795-1871) en 1832. Par contre, pendant cette même période, la Société recrute six nouveaux physiciens de valeur Augustin Fresnel (1788-1827) en 1819, César Despretz (1791-1863) en 1820, Antoine Becquerel (1788-1878) en 1823, Félix Savary (1797-1841) et Félix Savart (1791-1841) en 1825, et, en 1830, Jacques Babinet (1794-1872). On remarque aisément que, sauf quelques exceptions, le recrutement de la Société s'est progressivement rajeuni au cours de cette période, ce qui ne pouvait que conférer un plus grand intérêt, voire une plus grande vivacité, aux débats sur les questions d'actualité les plus brûlantes qui animaient certaines séances de la Société. Par comparaison avec l'Académie des Sciences, celle-ci apparaissait ainsi comme une sorte de club scientifique libre de toute attache officielle et de toute contrainte administrative disposant d'un Bulletin d'information publiant dans des délais rapides les notes scientifiques d'actualité rédigées par ses membres. Telle était du moins la situation privilégiée de la Société Philomathique de Paris au sein de la communauté scientifique, jusqu'à ce que ses difficultés financières sans cesse renaissantes et surtout l'apparition de périodiques qui, tels le Bulletin de Férussac et surtout les Comptes rendus hebdomadaires de l'Académie des Sciences, concurrençant directement son propre Bulletin, amènent, comme nous l'avons déjà noté, son déclin rapide. Les notices individuelles établies par J. Mandelbaum et introduites dans sa remarquable étude (J. M., p. 153-384), ainsi que différentes sources bibliographiques de caractère général, telles que le Catalogue of scientific papers (CSP) de la Royal Society et les notices réunies dans les 16 volumes du Dictionary of scientific Biography (DSB) ou dans les tomes déjà publiés du Dictionnaire de biographie française (DBF), et les monographies qui ont déjà été consacrées à nombre d'entre eux, permettent d'avoir des indications assez précises sur la carrière philomathique d'une bonne partie des 418 membres (189 membres effectifs et 227 correspondants) recensés par J. Mandelbaum pour la période étudiée (fin du XVIIIe siècle et premier tiers du XIXe). A titre d'exemples, nous évoquerons très rapidement à la suite quelques exemples qui nous ont paru particulièrement significatifs, ceux de
deux mathématiciens, S. F. Lacroix et A. Cauchy, celui d'un mécanicien, S.-D. Poisson, d'un astronome, F. Arago, d'un physicien, A. Fresnel, et d'un chimiste, J.-L. Gay-Lussac.

Ces brèves notices, reclassées dans l'ordre d'entrée à la Société Philomathique des savants concernés, se limiteront à une rapide présentation de l'activité philomathique de ces derniers, en liaison avec les autres aspects de leur carrière et de leur oeuvre. Seront donc examinés successivement les cas de S. F. Lacroix (3 décembre 1793), Siméon-Denis Poisson (6 décembre 1803), J.-L. Gay-Lussac (26 mars 1805), François Arago (21 avril 1810), Augustin Cauchy (31 décembre 1815) et Augustin Fresnel (3 avril 1819).

Sylvestre-François Lacroix (né le 28 avril 1765 ; mort le 24 mai 1843 à Paris), élu correspondant de la Société le 22 décembre 1792 et membre le 3 décembre 1793 et, à nouveau, le 13 décembre 1794; nommé membre émérite le 13 janvier 1821. Après avoir été professeur à l'Ecole des gardes de la marine de Rochefort, puis suppléant de Condorcet pour l'enseignement des mathématiques au Lycée de Paris, Lacroix était depuis 1788 professeur de mathématiques, physique et chimie à l'Ecole royale d'artillerie de Besançon, lorsque, au cours d'une mission à Paris, il fut nommé correspondant de la Société. II était alors connu surtout pour des recherches
en mathématiques et sciences exactes et était, depuis le 29 août 1789, correspondant de Condorcet à l'Académie des Sciences. Sa participation aux travaux de la Société est dominée au début par l'appui qu'il accorde aux travaux d'un naturaliste amateur de Besançon, J. Girod-Chantrans, sur la nature d'algues microscopiques de la famille des confervacées (J. M., p. 90-95 « Une controverse philomathique la question des conferves »), travaux qui suscitèrent une longue et ardente controverse. Fixé à Paris comme « chef du bureau de l'organisation des écoles », puis comme professeur d'école centrale et, à partir de 1799, professeur a l'Ecole polytechnique et membre de l'Académie des Sciences (24 mai 1799), il se consacre dès lors à nouveau aux mathématiques publiant toute une série de traités et de manuels réputés, présentant de nombreuses communications devant la Société et acceptant plusieurs responsabilités administratives commissaire du Bulletin de septembre 1798 à mars 1805 et vice-secrétaire de septembre 1798 à juillet 1799. S'il ne signe que trois articles du Bulletin (t. I et II), jusqu'en 1805, il y insère de nombreuses autres contributions, signalées par les initiales L. C. Absorbé par la publication de ses ouvrages, il ne semble plus ensuite avoir participé activement à la vie de la Société .

Siméon-Denis Poisson (21 janvier 1781, Pithiviers; 25 avril 1840, Paris), élu membre de la Société le 6 décembre 1803; nommé membre émérite le 27 mars 1824. Au moment de son élection à la Société, Poisson assurait un enseignement de mathématiques à l'Ecole polytechnique comme suppléant de Fourier, à qui il succédera en 1806. Il n'avait encore publié que de brèves notes de mathématiques dans le journal de l'Ecole polytechnique, auquel il demeurera toujours fidèle, tout en utilisant aussitôt les facilités de publication rapide du Bulletin de la Société dont il sera l'un des principaux commissaires de 1806 à 1820. Astronome au Bureau des Longitudes en 1807, professeur de mécanique à la Faculté des Sciences en 1809, membre de la Société d'Arcueil, il fut élu membre de la section de physique de l'Académie des Sciences le 23 mars 1812. Mais il continue à participer activement à la vie de la Société Philomathique, assumant la responsabilité de l'édition d'une partie de son Bulletin et alimentant ce dernier d'une quarantaine de notes, d'articles et d'extraits de mémoires de mécanique, physique et mathématiques jusqu'en 1826. Il semble ensuite avoir abandonné la Société et son Bulletin pour se rallier à la publication concurrente fondée par le baron de Férussac .

Joseph-Louis Gay-Lussac (6 décembre 1778, Saint-Léonard-de-Noblat, Haute-Vienne; 9 mai 1850, Paris), élu membre de la Société le 26 mars 1805; nommé membre émérite le 29 janvier 1825. Lors de son élection à la Société, Gay-Lussac, disciple et ami de Berthollet, répétiteur de chimie à l'Ecole polytechnique, faisait un voyage d'études en Allemagne avec A. von Humboldt. Trois extraits de ses travaux avaient déjà été publiés dans le Bulletin de la Société dont, en 1802, un résumé par Berthollet de son grand mémoire sur la dilatation des gaz. Par ailleurs, il avait réalisé deux ascensions en ballon en 1804 à des fins scientifiques, qui l'avaient fait largement connaître. Elu le 6 décembre 1806 dans la classe de physique générale de l'Académie, il participe également aux travaux de la Société d'Arcueil, groupe de jeunes physico-chimistes animé par Berthollet et Laplace. Aussi, tout en poursuivant une double carrière de physicien (en 1809, il est nommé professeur de physique à la nouvelle Faculté des Sciences) et de chimiste (en 1810, il succédera à Fourcroy comme professeur de chimie à l'Ecole polytechnique), il a la possibilité de présenter ses travaux et ses découvertes à la fois à la Société d'Arcueil, à l'Académie et à la Société Phiomathique. C'est ainsi que le 31 décembre 1808, il présenta devant la Société Philomathique le célèbre mémoire « Sur la combinaison des substances gazeuses les unes avec les autres» qu'il ne présenta devant l'Académie que le 23 janvier 1809. Tout en participant également aux activités administratives de la Société, Gay-Lussac fut commissaire du Bulletin pour la physique de 1807 à 1809, ce qui l'amena à rédiger, en plus d'extraits de ses propres travaux, des résumés de mémoires d'autres auteurs. A partir de 1810, son activité dans le cadre de la Société connaît un rapide déclin, mais ses principaux travaux continuent à y être l'objet de comptes rendus, sans que sa présence aux séances puisse être attestée. Mais la codirection qu'il assume à partir du début de 1816, avec F. Arago, des Annales de chimie et de physique qui succédaient aux Annales de chimie fondées en 1789 par Lavoisier et ses disciples, et les nombreuses autres fonctions officielles qu'il accepte l'éloignent définitivement d'une Société où il avait joué pendant quelques années un rôle actif et fécond et qui lui avait permis de diffuser plus rapidement certains de ses travaux .

François Arago (26 février 1786, Estagel, Pyrénées-Orientales; 2 octobre 1853, Paris), élu membre de la Société le 21 avril 1810; devenu émérite vers 1830. Ancien élève de l'Ecole polytechnique, disciple de Laplace, Arago a déjà entrepris plusieurs travaux d'astronomie et de physique lorsque, en septembre 1806, il est chargé avec Biot de poursuivre et d'étendre les opérations géodésiques commencées en Espagne par Delambre et Méchain. Ces opérations sont pratiquement terminées en avril 1808 lorsque l'entrée des troupes françaises en Espagne rend sa situation particulièrement difficile. Cependant, après de multiples péripéties, il rentre en France en juillet 1809. Accueilli triomphalement, il sera élu membre de la section astronomie de l'Académie des Sciences le 18 septembre 1809. Il est également admis au sein de la Société d'Arcueil, du Bureau des Longitudes et chargé d'enseigner la géométrie descriptive à l'Ecole polytechnique. Cependant, ce n'est que quelques mois plus tard qu'il sera admis au sein de la Société où, pendant sa mission en Espagne, sa candidature avait été présentée en vain à plusieurs reprises. Toujours est-il que disposant, grâce à ses nombreuses fonctions, d'autres tribunes qu'il pouvait juger plus prestigieuses ou mieux adaptées, Arago ne semble pas avoir voulu jouer un grand rôle dans le cadre de la Société. II accepta cependant, en 1814-1815, la direction de la partie « physique-astronomie » du Bulletin et surtout présenta à plusieurs reprises, entre 1811 et 1826, des notes originales concernant certains résultats de ses recherches d'optique et d'électromagnétisme, telle, en 1825, sa « Découverte d'une nouvelle action magnétique ». Mais c'est plutôt dans le cadre de l'Académie et dans ceux du Bureau des Longitudes et de l'Observatoire qu'il déploya l'essentiel de son ardeur pour la recherche scientifique et manifesta le mieux ses talents d'organisateur et son goût pour l'autorité .

Augustin Cauchy (21 août 1789, Paris; 23 mai 1857, Sceaux), élu correspondant le 21 mars 1812 et membre le 31 décembre 1814; semble cesser toute activité au sein de la Société à partir de la fin de 1826. Ancien élève de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole des Ponts et Chaussées, Cauchy, après avoir été pendant trois ans ingénieur au port de Cherbourg, obtint en 1813 de revenir à Paris où il put dans de meilleures conditions poursuivre l'ouvre mathématique qu'il avait
déjà entreprise. Malgré le soutien de Laplace et de Poisson, il fut à plusieurs reprises déçu dans son espoir d'entrer rapidement à l'Académie des Sciences et d'obtenir un poste officiel lui permettant de quitter les Ponts et Chaussées. Ne se décourageant pas, il continue à présenter devant l'Académie d'importants mémoires dont il présente également des extraits devant la Société Philomathique. A la Restauration, la faveur politique lui vaut d'être choisi en 1815 comme suppléant de l'un des professeurs d'analyse de l'Ecole polytechnique et d'être nommé professeur titulaire en 1816 et, le 21 mars 1816, d'être nommé par décision royale membre de l'Académie royale des Sciences épurée. Bien que ses remarquables qualités de mathématicien et l'importance de l'ouvre qu'il avait déjà réalisée justifient a posteriori de telles nominations, Cauchy ressentait certainement l'hostilité qu'elles lui valaient de la part de certains de ses confrères. Aussi se trouvait-il peut-être plus à l'aise à la Société Philomathique où ses deux élections s'étaient déroulées de façon tout à fait normale. Toujours est-il que s'il n'y assuma aucune fonction officielle, pendant une dizaine d'années il y présenta régulièrement des extraits de ses travaux les plus importants et qu'entre 1812 et décembre 1826 il publia dans le Bulletin de cette société 19 notes importantes réunies aujourd'hui dans le tome II de la deuxième série de ses Oeuvres complètes. Mais la fondation du Bulletin de Férussac et l'édition, à partir de mars 1826, d'une publication par fascicules, les Exercices de mathématiques, réservée à ses seuls écrits, devaient l'amener à abandonner une société qui avait permis la diffusion rapide de ses premiers travaux originaux et à laquelle ses succès avaient conféré un lustre certain dans le domaine mathématique .

Augustin Fresnel (10 mai 1788, Broglie, Eure; 14 juillet 1827, Ville-d'Avray), élu membre de la Société le 3 avril 1819. Ancien élève de l'Ecole des Ponts et Chaussées, Fresnel avait entrepris une carrière provinciale d'ingénieur des Ponts et Chaussées, interrompue seulement par une suspension au cours des Cent-Jours, lorsqu'il commença à s'intéresser à l'optique et à prôner la théorie ondulatoire de la lumière, alors peu en faveur. Ayant obtenu le précieux appui d'Arago et d'Ampère, il put mener à bien en quelques années un impressionnant programme de recherches expérimentales et théoriques qui lui permirent, en approfondissant l'analyse des phénomènes d'interférences, de diffraction et de polarisation, d'apporter de puissants arguments en faveur de la théorie ondulatoire de la lumière, déjà prônée par le physicien anglais Thomas Young. Nommé grâce à l'appui d'Arago, à la Commission des phares, Fresnel se fixa à Paris en 1818 et put ainsi poursuivre dans de meilleures conditions le difficile combat qui l'opposait à de puissants physiciens, tels que Biot et Poisson, partisans convaincus de la théorie newtonienne de l'émission. Sa lettre à son frère Leonor du 23 avril 1818, déjà citée, montre qu'il espérait beaucoup d'une élection à la Société Philomathique qui, pensait-il, « est l'arène où combattent les partisans des différentes doctrines scientifiques ». Ayant, à la suggestion d'Arago, déposé en juillet 1818 un grand mémoire sur la diffraction destiné au concours de prix de l'Académie des Sciences de 1819, son entrée à la Société se situe au moment où il remporte ce prix en triomphant en particulier des objections de Poisson. Malgré des obligations professionnelles assez lourdes et une santé de plus en plus déficiente, au cours des années suivantes il poursuit sa lutte en faveur de la théorie ondulatoire, qu'il renforce en 1821 en affirmant la transversalité de la vibration lumineuse. N'ayant été élu à l'Académie des Sciences que le 12 mai 1823, la Société Philomathique sera pour lui, pendant plusieurs années, une tribune privilégiée et, concurremment avec les Annales de chimie et de physique, son Bulletin sera l'un des principaux organes de diffusion de ses recherches et de ses découvertes. De 1822 à 1824, il assumera d'ailleurs les fonctions de rédacteur de la partie physique de ce Bulletin. Ainsi, dans la carrière brève et fulgurante de ce fondateur de l'optique ondulatoire, la Société Philomathique de Paris a-t-elle joué un rôle plus déterminant peut-être que pour celles des autres membres de cette société .

Notes:

1 - J. Mandelbaum, La Société Philomathique de Paris de 1788 à 1835. Essai d'histoire institutionnelle et de biographie collective d'une société scientifique parisienne, thèse de 3e cycle, EHESS, Paris, 1980, 609 p. en 2 t. (J. M.).

2 - Bibl. J. M., p. 90-95, 279-284, 463-464; CSP, III, p. 793; DSB, VII, p. 549-551 (J. Itard); R. Taton, Condorcet et Sylvestre-François Lacroix, Rev. Hist. Sci., t. 12, 1959, p. 127-158 et 243-262.

3 - Bibl. : J. M., p. 339-340; CSP, IV, p. 964-969; DSB, vol. XV, p. 480-490 (P. Costabel); F. Arago, Ouvres complètes, t. II, Paris, 1854, p. 591-698; M. Métivier, P. Costabel, P. Dugac, éd., Siméon-Denis Poisson et la science de son temps, Palaiseau, 1981 et particulièrement la bibliographie annotée des travaux de Poisson (p. 209-265).

4 - Bibl. :J. M., p. 253,483 et surtout p. 81-89, « Une carrière philomathique l'exemple de Gay-Lussac; CSP, II, p. 800-807; DSB, vol. V, p. 317-327 (M. Crosland); M. Crosland, Gay-Lussac, scientist and bourgeois, Cambridge, 1978; F. Arago, Oeuvres complètes. t. III, p. l-112; M. Sadoun-Goupil, éd., Actes du colloque Gay-Lussac, 11-13 décembre 1978, Palaiseau, 1980.

5 - Bibl. : J. M., p. 158,484; CSP, I, p. 80-84; DSB, I, p. 200-203 (R. Hahn); M. Daumas, Arago. La jeunesse de la science, Paris, 1987; François Arago. Actes du colloque national des 20, 21 et 22 octobre 1986, Perpignan, 1987 («Cahiers de l'Université de Perpignan, Lettres, Sciences humaines et sociales », n° 2).

6 - Bibl. J. M., p. 199-200, 490-491; CSP, I, p. 826-843; DSB, III, p. 131-148 (H. Freudenthal); B. Belhoste, Cauchy; un mathématicien légitimiste au XIXe siècle, Paris. 1984; Oeuvres complètes d'Augustin Cauchy, 2 série, t. II et XV, Paris, 1958 et 1974.

7 - Bibl. J. M., p. 99, 248, 494; CSP, 2, p. 717; DSB, V, p. 165-175 (R. H. Silhiman); F. Arago, Oeuvres complètes, I, Paris, 1754, p. 107-185; Oeuvres complètes d'Augustin Fresnel, 3 vol., Paris, 1866-1870; V. Ronchi, Histoire de la lumière, Paris, 1956, p. 242-261.


Les Sciences naturelles dans les premières décennies de la Philomathique

par Jacques ROGER, philomathe

Pour comprendre la place occupée par les sciences naturelles et les sciences de la vie dans les activités de la Société Philomathique de Paris au cours des premières décennies de son existence, il est indispensable de situer ces sciences dans l'ensemble de la vie scientifique, intellectuelle et même morale et politique avant, pendant et immédiatement après la Révolution. Elles suscitent en effet un intérêt beaucoup plus général que les sciences mathématiques et physiques, et cette situation privilégiée ne va pas sans dangers.

La discipline qui attire le plus d'attention, tant dans l'opinion publique que dans les milieux gouvernementaux, c'est évidemment la médecine, dont le prestige est considérable. Le médecin est devenu le conseiller des familles, y compris pour les problèmes de morale, et c'est aux médecins que le pouvoir s'adresse de plus en plus souvent pour toutes les mesures qui touchent à l'hygiène publique. Quant aux sciences naturelles proprement dites, elles intéressent d'abord dans la mesure où elles sont liées à des activités industrielles, comme la géologie à l'industrie minière, ou agricoles, comme la botanique. Elles occupent donc une place importante dans les journaux scientifiques du temps.

Mais elles se distinguent des sciences exactes en ceci que le poids intellectuel de l'Académie des Sciences s'y fait beaucoup moins sentir. Il est vrai qu'en cette fin de siècle beaucoup de gens s'intéressent aux sciences et tentent d'en faire leur profession, comme professeurs ou journalistes, sans espérer jamais entrer à l'Académie. Mais, malgré quelques rebelles isolés qui peuvent attirer l'attention du public sans exercer d'influence véritable, comme Marat lorsqu'il attaque l'optique newtonienne, le prestige et la suprématie des académiciens ne sont contestés dans aucune des sciences mathématiques. Il n'en va pas de même dans les sciences naturelles, et d'abord parce que ces sciences sont relativement peu représentées au sein de l'Académie. Si on laisse de côté des médecins, regroupés au sein de la Société royale de Médecine, ce sont surtout des botanistes que l'on trouve à l'Académie. Ils sont sept, dont quatre appartiennent au jardin du Roi. Il y a deux anatomistes, Vicq d'Azyr et Daubenton, qui se tourne de plus en plus vers la minéralogie, un chimiste minéralogiste, Sage, et un zoologiste, Broussonet. Parmi les botanistes, le génial Adanson est vieux et isolé, Lamarck est connu mais assez isolé, et nous verrons pourquoi. La seule personnalité importante est Antoine-Laurent de Jussieu, dont les Genera Plantarum paraîtront en 1789. Pour tous ces botanistes, grande question, c'est la classification des plantes. La physiologie végétale ne les intéresse que secondairement. Or, en matière de classification, ils ne sont pas d'accord entre eux, sauf pour ne pas accepter la classification linnéenne.

Or, en cette fin du xvlne siècle, la botanique est devenue une science très populaire, et Jean-Jacques Rousseau est très largement responsable de ce succès. Il a montré que l'étude des plantes n'était pas nécessairement liée à la préparation des médicaments, qu'elle constituait une discipline autonome, et qu'elle pouvait satisfaire les besoins du cour autant que ceux de l'intelligence. L'herborisation n'est pas seulement un passe-temps pour les promeneurs solitaires. C'est une activité qui peut réunir un petit nombre de cours sensibles, amoureux de la Nature, et qui partagent les plaisirs de l'amitié en même temps que ceux que peuvent offrir la beauté des fleurs et la satisfaction intellectuelle de savoir les reconnaître et les classer. En outre, la botanique est considérée comme une science « démocratique », dont les rudiments sont beaucoup plus faciles à apprendre que les mathématiques, par exemple. Le chef-d'oeuvre de cette botanique sentimentale, poussée jusqu'à la caricature, sera les Etudes de la Nature de Bernardin de Saint-Pierre, qui paraîtront en 3 volumes en 1784 et seront rééditées en 4 volumes en 1788. Ouvrage dont on a surtout dénoncé les absurdités, mais qui contient des idées neuves et reste, en tout état de cause, un témoignage sur l'esprit du temps.

Or Linné, et surtout ses Genera Plantarum, sont le guide obligé de ces amateurs intelligents, qui se soucient assez peu des querelles d'école entre taxinomistes. Son prestige ne cesse de croître, et son latin scolastique ne décourage pas des lecteurs qui, pour la plupart, ont quand même fait leurs « humanités». C'est en 1778, c'est-à-dire précisément l'année de sa mort, qu'apparaît à Bordeaux la tradition de la « fête linnéenne ». Partis de grand matin, nos botanistes s'en vont dans la campagne recueillir les plantes les plus curieuses, et terminent leur journée par un banquet frugal et champêtre, suivi de discours et de poèmes qui chantent la gloire de la botanique et de ses grands hommes, et surtout de Linné, dont un portrait a été accroché à un arbre. A l'origine, la fête se tenait le jour de la Saint-Charles, le 4 novembre. Par la suite, on décida de choisir une date plus propice aux promenades champêtres, et l'on s'accorda sur la Saint-jean, le 24 juin, ce qui permettait d'unir le souvenir de Jean Bauhin à celui de Linné.

C'est dans cette atmosphère que se crée, en 1787, la Société linnéenne de Paris. Elle compte des naturalistes professionnels, mais ne s'en oppose pas moins à l'Académie des Sciences, qui lui reproche en particulier de se consacrer à la défense d'une seule théorie et d'un seul auteur. Quoique Broussonet, l'un de ses fondateurs, soit membre de l'Académie depuis 1785, et que certains académiciens aient d'abord été tentés d'en faire partie, on comprit assez vite qu'appartenir à la société était le meilleur moyen de ne jamais entrer à 'Académie, et la Société linnéenne entra en sommeil dès 1789.

Telle était donc la situation en 1788, au moment (le la création de la Société Philomathique. Situation marquée, dans certaines branches au moins de l'histoire naturelle, par une opposition entre une « science officielle », représentée par l'Académie des Sciences, et une science « non officielle » qui regroupe autour de Linné beaucoup d'amateurs et quelques professionnels. L'activité de la Philomathique ses débuts sera marquée par cette situation.

Parmi les fondateurs de la Philomathique, on remarque des mèdecins ou des hommes intéressés par la médecine, comme Sylvestre. Le plus naturaliste des « pères Fondateurs » est Riche, docteur en médecine de Montpellier, et le plus engagé dans la propagande linnéenne. Mais Riche partita en 1791 avec l'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse, et il mourra peu de temps après son retour. A première vue, on serait tenté de dire que le naturaliste le plus « professionnel » du groupe est Alexandre Brongniart, qui est minéralogiste et se rendra célèbre par l'étude géologique du Bassin parisien qu'il mènera avec Cuvier et publiera en 1811. Mais en 1788 Brongniart n'a que 18 ans, et est encore loin de devenir professeur au Muséum. C'est pourtant déjà plus qu'un amateur, ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui «un jeune chercheur ». Le membre le plus actif, c'est sans doute Sylvestre, qui s'intéresse surtout à la médecine et à la physiologie.

Lorsque la Société linnéenne de Paris renaît de ses cendres en 1790 sous le nom de Société d'Histoire naturelle, elle entretient d'abord des rapports très étroits avec la Philomathique. Les deux sociétés ont en commun d'être des sociétés libres, à la fois institutionnellement et intellectuellement, et d'avoir été créées par des hommes jeunes. Plusieurs de leurs membres appartiennent aux deux sociétés, et certains philomathes, dont Riche, partagent les convictions linnéennes de la Société d'Histoire naturelle. Mais celle-ci manifeste un activisme et un goût des manifestations bruyantes que les philomathes ne semblent pas partager. C'est elle qui organise, en août 1790, l'érection d'un buste de Linné au jardin des Plantes, manifestation bruyante que Brongniart critique et que Riche lui-même ne semble pas avoir pleinement approuvée « La cérémonie s'est faite à la nuit tombante au bruit des pétards (...) Je n'ai pas été parfaitement content de tout cela. » Et surtout, la Société d'Histoire naturelle se politise très vite. Ses fondateurs, Bosc d'Antic, Broussonet, Mum, deviennent, qui membre du Club des Jacobins, qui député à la Législative, qui journaliste politique, et leur association avec les Girondins leur vaudra la prison ou l'exil. A la suggestion de Fourcroy, la Société exige de ses nouveaux membres des « certificats de civisme ». Les philomathes semblent avoir assez vite pris leurs distances à l'égard d'une activité qui leur paraît peu scientifique et, de plus, dangereuse en ces temps troublés.

Cependant la Philomathique, surtout sous l'impulsion de Riche, participe à la croisade linnéenne des années 90. On lance un projet de traduction des Amoenitates academicae, collection de thèses soutenues à Upsaal par les élèves de Linné, mais le plus souvent rédigées par le maître lui-même, et qui contient en effet des textes du plus haut intérêt. Millin traduit deux dissertations, Riche en traduit quatre, mais après le départ de Riche et les ennuis politiques de Mihin, le projet languit. Il sera finalement abandonné en 1793, en particulier à cause des critiques de Lamarck, qui considère que ces textes déjà anciens n'ont plus d'intérêt scientifique actuel. Il est certain que Lamarck est déjà, à cette date, très loin de Linné, et qu'il n'avait pas pris Linné comme maître à écrire. Or l'éloge du style de Linné fait partie de la propagande linnéenne du moment. Comme dit Riche, «le style laconique et tout à la fois harmonieux et poétique de Linné fait et fera toujours des hommes solidement instruits ». Riche pense sans doute plus aux Amoenitates qu'aux aphorismes des ouvrages de classification, niais, sans entrer dans un débat littéraire, on voit clairement que cet éloge due style laconique » est une attaque contre Buffon, ouvertement accusé à l'époque d'être responsable de l’oubli» dont Linné avait été victime en France.

Dès le début, pourtant, et surtout sous l'influence de Sylvestre, la Société s'intéresse à la physiologie. On tente, par exemple, de refaire les expériences de Spallanzani sur la fécondation artificielle des oeufs de grenouille. Ces expériences célèbres avaient été menées dans le cadre d'une discussion des théories de la reproduction et l'on sait comment le grand expérimentateur italien, après avoir montré par une série d'observations impeccables que les « animalcules sper-matiques » étaient indispensables à la fécondation des oeufs, avait cependant conclu, sur la foi d'une seule expérience malheureuse, que le « germe » de l'embryon était déjà contenu dans l'oeuf, et que les spermatozoïdes ne jouaient aucun rôle dans la fécondation. Il semble que les philomathes aient accepté les conclusions de Spallanzani. Notons seulement que les travaux de Spallanzani venaient de paraître en traduction française en 1785 et qu'en les discutant les philomathes s'attaquaient à une question d'actualité.

On sait que 1793 fut une date importante dans les premières années de la Philomathique, car la suppression de l'Académie des Sciences, décrétée par la Convention, amena à la Philomathique un certain nombre d'académiciens qui ne savaient plus où se réunir et continuer leurs discussions. En ce qui concerne les naturalistes, la Philomathique ne bénéficia guère de l'événement, car la plupart des naturalistes académiciens se replièrent plutôt sur le Muséum national d'Histoire naturelle, qui venait tout juste d'être créé, et qui leur offrait le lieu de rencontre dont ils avaient besoin. Seuls Vicq d'Azyr et Lamarck rejoignirent immédiatement les rangs de la Philomathique, et Vicq d'Azyr fut bientôt accaparé par des tâches officielles et la protection encombrante de Robespierre, avant de mourir soudainement en 1794, à l'âge de 46 ans.

Lamarck fut donc, des 1793, l'académicien le plus actif et le plus assidu au sein de la Philomathique. Nous l'avons vu intervenir à propos du projet de traduction des Amoenitates de Linné. Très tôt, il avait publié dans le Bulletin de la Société des « Instructions aux voyageurs sur les observations les plus essentielles à faire en botanique », instructions destinées aux membres de l'expédition d'Entrecasteaux. Cet attachement de Lamarck à la Philomathique peut s'expliquer par la situation particulière dans laquelle il se trouve au sein des institutions officielles dont il fait partie. A l'Académie des Sciences, il avait soumis, dès 1780, un long manuscrit qu'il souhaitait publier, et les rapporteurs nommés par l'Académie s'obstinaient à ne pas présenter leur rapport.

La suppression de l'Académie permit à Lamarck de publier cet ouvrage, les Recherches sur les causes des principaux faits physiques, et l'on comprend l'embarras des académiciens quand on voit que Lamarck y attaquait vivement la nouvelle chimie de Lavoisier et proposait une curieuse explication vitaliste de l'origine des composés chimiques. Reste que Lamarck s'était senti victime du « despotisme académique» et n'avait sûrement pas pleuré l'Académie défunte. Au Muséum, les choses n'allaient pas beaucoup mieux. Lamarck avait été recruté au jardin du Roi au printemps de 1789, par le successeur de Buffon, et en 1790 il fut question de supprimer son poste pour raisons d'économies. En 1793, lorsque le Muséum fut créé avec ses nouveaux statuts, qui élevaient tous les « officiers » du jardin au rang de professeurs, on découvrit qu'il y avait trop de botanistes, et Lamarck était le dernier venu. Ce n'est peut-être pas de gaieté de coeur que Lamarck prit la chaire de « Zoologie des Insectes, des Vers et des Animaux microscopiques », qui n'était pas alors la partie la plus attirante de la zoologie. Et Lamarck ne pouvait pas savoir qu'il allait s'y illustrer et tirer très vite de l'étude de ces « animaux sans vertèbres », comme il les appela, les bases de sa théorie de l'évolution.

Dans le Bulletin de la Philomathique, Lamarck donne des comptes-rendus des articles publiés dans le journal d'Histoire naturelle qu'il dirige avec Olivier, Bruguières, Pelletier et Haüy. En mai 1797, il prononce un discours pour présenter aux philomathes ses « Mémoires sur une nouvelle théorie physique et chimique ». Or ce sont précisément les mémoires dont il avait entrepris la lecture devant la Classe des Sciences de l'Institut de France, lecture qu'il avait dû interrompre devant l'attitude de ses collègues. Quand il publie l'ouvrage, il se plaint d'avoir été victime « des mépris et des repoussements odieux (...) de la part des membres prépondérants et intéressés de cette classe », dont le secrétaire perpétuel était Cuvier. Il est clair que les nouveaux académiciens ne supportaient pas mieux que les anciens sa croisade obstinée contre la chimie de Lavoisier, et il est au moins permis de penser que Lamarck cherchait à la Philomathique un auditoire plus sympathique, ou au moins plus patient et plus courtois. Il n'y a encore que peu de membres de l'institut à la Philomathique en 1795 Lamarck, Ventenat, Hauy et Cuvier.

Mais il est clair aussi que le statut intellectuel et le prestige de la Société ne cessent de grandir auprès des naturalistes, car on y voit adhérer peu à peu, non seulement de jeunes savants à la renommée prometteuse, mais aussi des académiciens chevronnés qui avaient dédaigné d'y entrer en 1793. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire arrivent en 1795, le vieux Daubenton en 1796, ainsi que l'anatomiste Duméril qui va publier les Leçons d'Anatomie comparée de Cuvier, Lacépède en 1798, et Augustin-Pyrame de Candolle, le collaborateur de Lamarck pour la seconde édition de « La Flore française », élu membre correspondant en 1798 et membre actif en 1800 lorsqu'il vient s'installer à Paris.

Il est impossible de suivre ici en détail l'activité de la Philomathique pendant la fin de la Révolution, l'Empire et la Restauration, mais cette activité, telle que le Bulletin la révèle, reste très grande. Les membres de la société viennent informer leurs confrères des recherches en cours dans leur domaine lorsque ces recherches se poursuivent ailleurs, ou apportent directement le résultat de leurs propres recherches. Dans presque tous les cas, ces exposés sont suivis de débats, parfois animés, mais apparemment toujours courtois. La médecine, et surtout la médecine pratique, occupe une place importante, on discute d'obstétrique, on présente des expériences sur l'action de diverses substances médicamenteuses ou des observations cliniques faites clans les hôpitaux. Vauquelin et Fourcroy communiquent les résultats des analyses chimiques de substances minérales, mais aussi de nombreuses substances organiques cerveau, os, liquides organiques. On utilise aussi l'analyse chimique pour déterminer la nature de certains organismes. Dès 1793. il y a au sein de la Société un long débat sur la nature exacte des conferves, algues microscopiques dont on ne sait s'il faut les considérer comme des animaux ou des végétaux. Lacroix, mathématicien, et Girod-Chantrans, naturaliste amateur, penchent en faveur des animaux. Vauquelin, après analyse chimique, penche pour les végétaux. C'est finalement de Candolle, appuyé par son compatriote Vaucher, qui tranche en faveur des végétaux. Il s'agit là d'un débat interne à la Société, mais les mémoires de Girod-Chantrans sont envoyés à l'institut.

En histoire naturelle, les problèmes de classification occupent beaucoup de place, description de nouvelles espèces, création de nouveaux genres, examen de coquilles fossiles, réflexions sur la nomenclature. L'anatomie comparée, représentée par les interventions de Cuvier, Duméril et Pinel en particulier, devient de plus en plus importante au fil des années. La société s'intéresse aussi beaucoup à la physiologie comparée, en particulier à propos de la respiration et à la suite des travaux de Lavoisier et de Séguin. Beaucoup de communications portent sur l'électricité animale, et l'on refait les expériences de Galvani, de Volta et de Vallé. Cette simple énumération permet de voir que la Société est parfaitement au courant des questions qui occupent le monde scientifique pendant cette période et qu'elle ne joue pas seulement le rôle de spectateur passif : plusieurs de ses membres sont des acteurs importants dans le progrès des connaissances, et les débats de la société témoignent d'une réflexion active sur les nouvelles découvertes.

Il est impossible d'énumérer ici tous les naturalistes, biologistes ou médecins qui furent membres de la Philomathique au long du XIXe siècle. Certains sont illustres, mais l'historien constate surtout qu'à première vue aucun grand nom de la science française n'est absent de la liste des membres de la Société, et qu'il y a relativement peu de noms obscurs. En particulier, le choix des correspondants étrangers est tout à fait remarquable.

D'autre part, il faut noter que les sciences naturelles et biologiques ont tenu une grande place dans la Société. Les disciplines les mieux représentées statistiquement parlant sont d'abord la médecine et la physiologie, puis la zoologie, puis la géologie et la minéralogie. La chimie ne vient qu'ensuite, et l'entomologie et l'anatomie sont loin derrière. Cependant, à partir de 1820, il devient de plus en plus difficile de recruter des naturalistes, et surtout des botanistes, il est plus facile de trouver des zoologistes ou des géologues. On assiste d'autre part à la montée de la physiologie expérimentale, représentée par Magendie, en attendant Claude Bernard. C'est peut-être cette difficulté de maintenir l'équilibre entre les disciplines qui explique la proposition de Fourier, en 1820, de diviser la Société en sections et de respecter, lors de nouvelles élections, la spécialité du membre à remplacer. Mais ces changements dans la représentation des disciplines au sein de la Société reflètent exactement l'évolution générale des sciences naturelles et biologiques dans la première moitié du XIXe siècle, ce qui prouve que la Société suit de très près l'évolution de la science de son temps.

Comme on le sait, la grande époque de la Philomathique se termine vers 1835, et l'on en rend généralement responsable la création des Comptes rendus de l'Académie des Sciences qui enlevait au Bulletin de la Société le privilège de la publication rapide des résultats de la recherche. Il y a sûrement du vrai dans cette explication, mais elle n'est peut-être pas suffisante. Tout d'abord, le déclin de la Société ne fut pas immédiat. Pour ne donner qu'un exemple, c'est devant la Philomathique que, le 18 mars 1837, Joseph Léveillé lut une communication intitulée «Recherches anatomiques et physiologiques sur l'hymenium ou membrane fructifère du sous-ordre des Agaricinées ». communication dont les conclusions furent discutées, au cours de la même réunion, par Camille Montagne, le plus grand spécialiste français des cryptogames. Des résumés de la communication de Léveillé et de sa discussion par Montagne furent publiés dans deux numéros successifs de la revue L'institut (29 mars et 5 avril 1837), et c'est dans les Annales d'Histoire naturelle que Léveillé publia le texte complet de sa communication, ce qui semble montrer que le destin de la Société ne se confond pas avec celui du Bulletin. Ce qui menace le plus la Société, c'est la spécialisation croissante des disciplines scientifiques, qui conduit à la création de nouvelles sociétés spécialisées. Plusieurs « Sociétés linnéennes », se sont créées après 1815, et l'on voit ensuite apparaître la Société de Biologie, la Société d'Anthropologie, etc. - qui offrent aux savants des lieux plus propices aux discussions entre spécialistes. La Société Philomathique est une société généraliste », et ce que nous devons considérer comme une de ses plus grandes qualités a pu être à ce moment sa plus grande faiblesse.

La Société Philomathique de Paris a eu un destin étrange. Créée comme une société d'instruction mutuelle, elle est devenue, par un concours inattendu de circonstances, une société scientifique presque traditionnelle, ce qui l'exposait à toutes les difficultés que l'évolution inévitable de la recherche scientifique crée nécessairement pour des institutions de ce genre. Il est permis de penser que, sous sa forme actuelle, la Société Philomathique de Paris est plus conforme aux voeux de ses fondateurs.

Sur la situation de l'Académie des Sciences et les conflits entre « science officielle » et « science non officielle » à la fin du XVIIIe siècle, on consultera Roger Hahn, The Anatomy of a Scientific institution. The Paris Academy of Sciences, 1666-1803 (Berkeley et Los Angeles, University of California Press, 1971). Sur l'histoire de la Société Philomathique, voir Jonathan Mandelbaum, La Société Philomathique de Paris de 1788 à 1835 (thèse dactylographiée, Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, Paris, 1980). Sur la discussion entre Léveillé et Montagne, voir D. Lamy, Correspondance between Miles Joseph Berkeley (1803-1889) and Camille Montagne (1784-1866), The Mycologist, 1989, 3, p. 161-165. Certaines informations inédites sur le contenu du Bulletin de la Société et sur l'histoire de la Société linnéenne de Paris m'ont été communiquées par Mme Roselyne Rey, chargé de recherches au CNRS, et par M. Pascal Duris, qui prépare une thèse sur Le linnéisme en France de 1780 à 1850. Je tiens à les en remercier ici.

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La Société Philomathique de Paris déplore le décès de Jacques Roger, survenu le 26 mars 1990. Il était né en 1920, philomathe depuis 1976. Il était membre de notre Conseil. Jacques Roger était professeur d'Histoire des Sciences à l'Université Paris I, directeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, directeur du Centre international de Synthèse, Professeur invité de plusieurs universités étrangères. Rédacteur en chef de la Revue de Synthèse et membre du bureau éditorial de plusieurs périodiques internationaux. Son oeuvre majeure est surtout consacrée à Buffon. Son dernier livre (Fayard, 1989) est une histoire remarquable des idées au début de l'Evolutionnisme.



Les débuts de la Société Philomathique de Paris et le contexte idéologique

Par André TUILIER, philomathe


La fondation de la Société Philomathique de Paris, qui a deux cents ans d'existence, se situe dans un contexte idéologique qu'il convient de préciser pour comprendre la nature de l'institution qui a bravé le temps et les événements.

Le 10 décembre 1788, six jeunes gens, qui s'intéressaient à des sciences diverses, décidaient de s'associer et de se réunir en prenant pour objet d'émulation le spectacle des progrès de l'esprit humain . Il s'agissait d'Augustin-François de Silvestre, d'Alexandre Brongniart, de Claude-Antoine-Gaspard Riche, de Joseph Audirac, de Charles de BroyaI et d'un certain Petit dont la personnalité est plus difficile à cerner que celle de ses collègues .

De fait, ces derniers sont assez faciles à identifier, en dépit de leur jeunesse. Augustin-François de Silvestre (1762-1851), qui apparaît à l'initiative de l'entreprise, est pour sa part une personnalité connue à l'époque. il était le fils du premier valet de garde-robe de Monsieur, frère de Louis XVI, et, après avoir été envoyé à Rome faire des études d'art, il rentre en France pour devenir lecteur et bibliothécaire du comte de Provence. Ses fonctions, qu'il prend très à coeur, le conduisent à s'intéresser aux mathématiques et aux sciences, et singulièrement aux sciences naturelles qui étaient fort en vogue à la veille de la Révolution. On a pensé qu'il avait poursuivi des études de médecine. Mais l'affirmation mériterait d'être confirmée. S'il s'intéressait à la médecine, c'est probablement par l'intermédiaire des sciences naturelles qu'il avait acquis les connaissances qu'il possédait en la matière. En tout cas, au moment où il fonde la Société Philomathique, il est très lié avec Alexandre Brongniart qui devait également jouer un rôle important aux origines de cette dernière.

Alexandre Brongniart (1770-1847), qui deviendra un minéralogiste réputé, était le fils d'Alexandre-Théodore Brongniart qui construira plus tard la Bourse de Paris. Le jeune savant, qui avait des talents précoces, avait commencé par donner des cours de chimie aux Invalides où son père résidait comme architecte des bâtiments. Entre 1780-790, la chimie acquiert progressivement son statut scientifique vec Lavoisier, Berthollet et Guyton de Morveau, et elle ouvrait des perspectives sur d'autres disciplines. Elle conduisit Alexandre Brongniart s'intéresser à la pharmacie et à la minéralogie. Au demeurant,jeune homme sortait à peine de l'adolescence, puisqu'en 1788, au moment de la création de la Société Philomathique, il avait tout juste dix-huit ans.

Quant à Claude-Antoine-Gaspard Riche (1762-1797), il avait le même âge qu'Augustin-François de Silvestre puisqu'il était né la même année que lui. Après avoir été reçu docteur en médecine à Montpellier en 1787, il était venu à Paris, où il avait rencontré Alexandre Brongniart aux Invalides. Premier secrétaire de la Société quand elle sera définitivement constituée, Riche était très lié avec Félix Vicq d'Azyr, qui était le co-fondateur et le secrétaire perpétuel de la Société royale de Médecine dont nous évoquerons tout à l'heure l'importance à l'époque.

C'est vraisemblablement Riche qui avait fait entrer dans la Société Philomathique naissante un autre médecin de Montpellier, Audirac, qui figure également parmi les fondateurs de cette dernière. Mais les renseignements que nous possédons sur Audirac sont très succincts, en tout état de cause, ce médecin a dû mourir en 1790.

Les sciences physiques et mathématiques étaient représentées pour leur part dans la société nouvelle par Charles de Broyai, qui était un parent de Nicolas-François de BroyaI, secrétaire des commandements du duc de Chartres, le futur Philippe Egalité. Mais il disparaît en 1792, au moment même où Nicolas-François de Broyai prenait le chemin de l'émigration, et tout permet de penser qu'il suivit le sort de celui-ci.

Enfin, le médecin Petit, qui figure parmi les six fondateurs, avait peut-être fait ses études à Montpellier avec Riche et Audirac. Mais aucun indice ne permet d'identifier précisément la personnalité de ce médecin qui n'est pas connu par ailleurs.

Toutefois les médecins représentent la moitié des fondateurs de la société nouvelle, et cette particularité mérite une attention particulière. Elle révèle l'importance de la médecine et des sciences naturelles, qui sortent progressivement à l'époque de l'abstraction traditionnelle pour obtenir leur autonomie scientifique sous l'influence des idées du temps. Mais la création de cette société, fondée sur des liens de camaraderie personnels, pose un problème plus général qui doit être abordé avant tout autre. Avec la devise ÉTUDE ET AMITIÉ qui sera bientôt la sienne, l'institution nouvelle appartient d'elle-même au réseau des sociétés de pensée qui se constituèrent à la veille de la Révolution pour répondre au besoin de savoir et aux curiosités intellectuelles du temps. Ce besoin est très précisément exprimé dans les statuts de la Société Philomathique , et il caractérise incontestablement cette dernière dans le contexte de l'époque.

L'essor des sociétés de pensée à la fin de l'Ancien Régime a été évoqué naguère par Daniel Mornet dans son importante étude sur les origines intellectuelles de la Révolution française , et les conclusions de cet ouvrage sur le sujet intéressent directement la Société Philomathique. Elles ont mis fin au débat ouvert par Augustin Cochin qui attribuait précisément aux loges maçonniques les origines du mouvement révolutionnaire . Réfutant avec preuves à l'appui la thèse d'Augustin Cochin, Mornet a justement montré que, si les sociétés de pensée s'inspirent souvent de la franc-maçonnerie dans leur idéologie fondamentale, elles en diffèrent à certains égards. En fait, elles remplacent progressivement les loges maçonniques à partir de 1787-1788, c'est-à-dire à partir du moment où ces dernières ont rempli la mission historique qui était la leur à l'époque .

Fondées au cours du XVIIIe siècle pour combattre l'intolérance religieuse et l'absolutisme royal et pontifical hostile aux libertés publiques, les loges maçonniques avaient regroupé pêle-mêle tous les opposants au régime, qu'ils soient croyants ou incroyants. D'une manière générale, tous ceux qui voulaient une libre expression de l'esprit critique dans les sciences, dans les lettres, dans les arts, comme dans la réflexion philosophique, y avaient adhéré. Mais en 1787-1788, cette mission est pratiquement accomplie. En dépit des apparences et des mesures répressives diverses, l'absolutisme est ouvertement combattu sur tous les plans et il cède sur tous les terrains. Les loges qui ont conduit le combat sont à leur tour dépassées sur le plan idéologique par l'essor des découvertes scientifiques, qui posent d'une manière radicalement différente le problème de la liberté de pensée en exigeant une information libre, en dehors de toute contrainte spiritualiste ou dogmatique. Même si la tolérance n'a pas encore obtenu droit de cité sur des points essentiels, elle est virtuellement acquise dans les mentalités et dans l'opinion publique. Ce que veut maintenant cette dernière, c'est que les citoyens disposent du droit de s'informer librement entre eux des problèmes posés par le développement des sciences et des techniques, conformément aux pratiques de la méthode expérimentale qui se situent dans le prolongement de la tradition encyclopédique. Convaincue que l'émancipation politique et sociale est indissolublement unie au progrès scientifique, l'élite éclairée entend dominer la matière par l'expérimentation et vérifier elle-même la véracité de cette dernière.

Tel est avec des variantes multiples l'idéal des sociétés de pensée à la veille de la Révolution et tel est singulièrement celui de la Société Philomathique que les premiers fondateurs avaient d'abord appelée Société gymnastique . Cette appellation ne désignait pas à l'époque, on le croira aisément, une institution destinée à la culture physique.

Conformément à l'acception étymologique du terme qui vient du grec exercer, elle indiquait que ses membres devaient se soumettre aux conclusions de l'expérience scientifique, sans nécessairement avoir l'ambition d'imposer aux autres le résultat de leurs travaux. L'idée sera parfaitement exprimée par l'un des fondateurs, Riche, lorsqu'il dira que les sociétés savantes se réunissaient pour éclairer les autres et non pour nous instruire .

Il s'agissait en somme d'un enseignement mutuel qui transposait sur le plan scientifique la pratique de l'initiation réciproque, par l'intermédiaire des loges maçonniques. Ce faisant, les fondateurs se situaient précisément dans l'évolution que je viens d'évoquer à la veille de la Révolution. Plusieurs d'entre eux étaient très liés à des milieux maçonniques, et Silvestre lui-même, qui avait été membre de la loge « La Patriotisme » avant 1788, cesse pratiquement d'appartenir à cette dernière à partir de cette date . C'est dire que la Société Philomathique suit exactement la démarche commune aux sociétés de pensée de l'époque, qui prennent le relais des loges à la veille de la Révolution.

Au demeurant, pour cultiver librement les sciences en dehors de toute contrainte, la Société Philomathique avait un statut très démocratique. Au départ, le président de cette dernière sera élu pour trois mois et sa mission comme telle n'apparaît pas d'une façon particulière. Encore faut-il préciser qu'il s'agit de Silvestre, qui avait joué un rôle primordial dans la fondation de l'institution .

A vrai dire, soucieuse de garder ses distances avec la science officielle et d'éviter des difficultés avec le pouvoir, la société prend toutes les dispositions utiles pour se démarquer des organisations rivales qui ont des missions assez voisines. Le fait mérite d'être souligné. C'est ainsi qu'elle apparaît sans lien au départ avec la Société royale de Médecine, qui avait été fondée en 1776 par deux médecins proches de la Cour, Joseph Lassone et Félix Vicq d'Azyr, et qui jouissait de la protection du roi. En dépit de sa faiblesse politique, Louis XVI, on le sait, s'intéressait au développement des sciences et des techniques. Il avait inauguré pour l'Académie de Chirurgie le bâtiment construit par Jacques Gondouin dans notre actuelle rue de l'Ecole-de-Médecine et il s'intéressait aux chirurgiens qui pratiquaient la méthode expérimentale dans la tradition encyclopédique que nous avons évoquée précédemment. Il n'était pas favorable en revanche à la Faculté de Médecine qui maintenait les professions médicales dans des traditions et des structures surannées. C'est pourquoi il avait approuvé les initiatives de Lassone et de Vicq d'Azyr, dont il avait éprouvé les compétences, et il leur avait accordé sa protection.

En fait, la Société royale de Médecine partageait très largement les conceptions scientifiques des jeunes philomathes . Mais, en dépit des liens étroits qui existaient, on l'a dit, entre Riche et Vicq d'Azyr, la Société Philomathique voulait rester à l'écart des institutions officielles pour conserver sa liberté d'action et d'appréciation. Au demeurant, tout en étant fondée à Paris, elle conservait un caractère provincial au regard des disciplines médicales. Les médecins qui ont participé à sa création ont effectivement pris leurs grades à Montpellier, et on sait qu'il a toujours existé dans l'ancienne France une concurrence très vive entre la Faculté de Médecine de Paris et celle de Montpellier. Il faut avouer d'ailleurs - et la Société Philomathique est un exemple à ce sujet - que les docteurs de Montpellier avaient souvent des conceptions plus ouvertes que leurs collègues parisiens, qui s'enfermaient dans un corporatisme étroit et désuet pour se démarquer des chirurgiens et des pharmaciens avec lesquels ils étaient en concurrence.

On notera dans cette perspective que la médecine n'apparaît pas comme telle parmi les disciplines mentionnées dans les statuts de la Société Philomathique. Elle est appelée l'art de guérir dans les premiers statuts de la société , et le terme présente une signification particulière au moment où la Révolution remplacera bientôt les Facultés de Médecine par des écoles de santé qui uniront les professions médicale et chirurgicale, abusivement séparées par le cloisonnement corporatif de l'Ancien Régime. Conformément aux nécessités imposées par le progrès scientifique et les conceptions de la philosophie des lumières, les philomathes voulaient eux aussi la fusion des deux professions. Cette fusion pouvait seule permettre à l'époque aux médecins de bénéficier sans réticence d'un enseignement clinique approfondi dans la formation des futurs praticiens.

De toute manière, à l'instar des encyclopédistes et des esprits éclairés du temps, les philomathes voulaient introduire la méthode expérimentale dans toutes les disciplines scientifiques qu'ils avaient incluses dans leur programme : l'histoire naturelle, la physique, la chimie, l'économie rurale, le commerce , etc. Aussi bien, cette nomenclature se situe très précisément dans la tradition encyclopédique, en faisant une large place à l'économie et aux techniques appliquées. Mais, au moment même où les sciences naturelles atteignent avec la chimie et l'art de guérir leur statut scientifique, on constate la place primordiale qui leur est faite dans les préoccupations des philomathes. Assurément, cette place est loin d'être exclusive. Mais elle apparaît au premier rang de la nomenclature que nous venons d'évoquer et elle révèle les intentions profondes des jeunes philomathes de 1788. C'est qu'à la date où ils se réunissent pour la première fois, Buffon vient de mourir et qu'ils entendent réagir, au nom même de la tradition encyclopédique, contre le caractère beaucoup trop littéraire à leur avis de l'Histoire naturelle du célèbre intendant du jardin du roi.

Il faut dire que Buffon, prisonnier de son personnage et des ambitions officielles qui avaient été les siennes, n'avait pas donné toute sa mesure à la discipline qu'il avait choisie. Pour protéger sa carrière et les honneurs qui l'accompagnaient, il avait pondéré ses affirmations scientifiques en tenant compte des avis de la Faculté de Théologie de la Sorbonne, pour écarter les censures préjudiciables à sa réputation sociale . S'il s'était opposé à cette redoutable institution, qui poursuivait impitoyablement à l'époque les encyclopédistes et les adeptes du droit naturel et de l'autonomie de la pensée scientifique, il aurait été condamné comme hérétique et il aurait perdu la considération sociale et les fonctions auxquelles il était profondément attaché. Mais sa prudence l'avait empêché de remplir sa mission scientifique, telle que la concevait la génération nouvelle. Au demeurant, en raison même de cette prudence qui lui avait été imposée par les circonstances et les nécessités de sa carrière, il s'était opposé à la classification systématique de Linné qui présentait l'avantage d'exclure toute référence dogmatique, sans pour autant nier la spécificité de la croyance religieuse dans son propre domaine. Pour sa part, Linné estimait effectivement que ses recherches n'étaient pas incompatibles avec la Bible. Mais cette référence à la tradition biblique ne compromettait pas l'autonomie du savant . Elle présentait un caractère libéral qui manquait singulièrement aux méthodes de travail de la Faculté de Théologie de la Sorbonne, et elle permettait au savant suédois de dépasser Buffon dans l'expression de sa pensée scientifique. Naturellement l'opposition entre les deux hommes reflétait les différences qui séparaient la Suède protestante de la Prance catholique et les conditions respectives dans lesquelles travaillaient ces derniers. Mais elle donnait un prestige particulier aux positions du savant suédois. C'est pourquoi les philomathes, qui réclamaient avec les encyclopédistes l'autonomie de la science et de ses développements, prirent résolument position en faveur de la classification linnéenne.

A vrai dire, sans approuver l'oeuvre de Buffon, plusieurs savants français n'étaient pas non plus d'accord avec Linné. Tel sera notamment le cas de Jussieu . Mais les jeunes philomathes n'étaient pas des spécialistes et ils croyaient servir la science en adoptant la classification de Linné qui leur paraissait répondre aux progrès scientifiques. Plusieurs d'entre eux s'efforceront même de traduire en français entre 1788 et 1795 les Amaenitates academicae de Linné et la Société Philomathique entretiendra elle-même des relations étroites avec la Société linnéenne des Sciences, qui avait été fondée en 1787 et qui deviendra plus tard la Société d'Histoire naturelle. C'est pourquoi on a cru que cette société a pu servir de modèle aux premiers philomathes .

Cependant, les évênements évoluant rapidement après les réunions initiales de l'hiver 1788-1789, le petit groupe des philomathes devait élargir ses ambitions modestes au départ. A la faveur des premières manifestations de la Révolution qui avaient mis fin à l'absolutisme royal, il pouvait apparaître au grand jour. C'est effectivement à l'automne de 1789 que la modeste Société gymnastique prenait définitivement le nom de Société Philomathique, se dotait d'un règlement et accueillait dans son sein des savants appelés au plus brillant avenir. Parmi ces derniers, il faut citer Vauquelin, qui était alors un disciple de Fourcroy. Au demeurant, sans être très nombreuses dans les premières admissions de savants confirmés dans la société nouvelle élargissent l'autorité scientifique de cette dernière, qui choisit elle-même ses membres en nombre limité et profite de la liberté d'information proclamée par l'Assemblée constituante pour diffuser un bulletin qui sera imprimé, après avoir été manuscrit entre le 31 mai 1791 et la fin de l'année 1792 . Ce faisant, la société perd son caractère confidentiel sous la pression des événements. Tout en souhaitant conserver la concision nécessaire aux communications d'ordre scientifique, les philomathes répondent de cette manière aux voeux du public qui entend utiliser les libertés nouvelles pour être rapidement informé sur tous les sujets. Il est intéressant de rappeler à cet égard que le premier imprimeur du Bulletin de la Société Philomathique sera le célèbre Pierre-Samuel Dupont de Nemours, qui avait été député du tiers aux Etats généraux et qui avait ouvert à Paris une imprimerie où il éditait les publications de l'Académie des Sciences. C'est dire que les philomathes vivaient dans l'ombre de cette dernière .

De toute façon, la Révolution sert de stimulant aux activités scientifiques. C'est pourquoi les philomathes se manifestent de différentes manières. Ils tiennent des réunions hebdomadaires tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, et ils participent dans la meilleure tradition rousseauiste aux courses - ou excursions herborisantes - de la Société d'Agriculture qui partage leurs préoccupations et leur intérêt pour l'histoire naturelle . Mais les séances de travail constituent pour eux leurs activités scientifiques principales. Elles se tiendront bientôt dans un local de la rue de Buci que les philomathes loueront à un particulier le 10 septembre 1791 et qu'ils partageront pendant un temps avec la Société d'Histoire naturelle, qui avait succédé au début de la Révolution à l'éphémère Société linnéenne des Sciences citée précédemment. Ce local était bien équipé, puisqu'il possédait une bibliothèque et des collections d'histoire naturelle et de minéralogie et qu'il pouvait favoriser les activités scientifiques des deux institutions qui avaient des intérêts communs .

Mais les philomathes sauront conserver leurs distances avec la Société d'Histoire naturelle, à laquelle ils reprochaient de jouer un rôle public et de prendre des positions politiques trop marquées . Malgré les événements importants dont ils étaient les témoins, ils voulaient exclusivement se consacrer aux sciences expérimentales avec de jeunes savants qui partageaient leurs préoccupations à cet égard. C'est ainsi qu'ils accueilleront en 1791 dans leur groupe Claude Chappe, l'inventeur du télégraphe. De toute manière, la Société poursuit ses réunions hebdomadaires dans l'esprit qui avait animé ses fondateurs. On rend compte des découvertes et des expériences nouvelles dont on a eu connaissance et on renouvelle éventuellement ces expériences avec l'appareillage dont on dispose . Au demeurant, grâce à Alexandre Brongniart qui avait le privilège d'assister aux séances privées de l'Académie des Sciences, on est parfaitement au courant des travaux de cette dernière et des activités des sociétés savantes susceptibles d'intéresser les philomathes . Ces derniers, comme leur nom l'indique, sont avides de savoir et de comprendre. Mais pour conserver le privilège de connaître les travaux de l'Académie des Sciences, on devait agir avec une parfaite discrétion. Cette discrétion était d'ailleurs souhaitée par l'ensemble du groupe.

Ce qui n'empêchait pas la société d'exercer un rôle politique lorsque les circonstances l'exigeaient. Les relations étendues que Silvestre entretenait avec les milieux les plus divers favorisaient ce rôle de toute manière. Le 14 octobre 1791, le ministre de l'Intérieur demande à la Société de désigner un ou plusieurs philomathes pour siéger au Bureau de consultation des arts et métiers. La requête était flatteuse pour l'institution philomathique, dont elle consacrait l'autorité scientifique. C'est pourquoi celle-ci se réunit en séance extraordinaire le 15 novembre pour procéder au choix de ses délégués. Vauquelin et Silvestre furent élus à cette occasion et ils siégèrent pendant deux ans au Bureau de consultation des arts et métiers qui devait remplir une mission importante en 1792 et en 1793 . Pour cette action spécifique au service de la collectivité nationale, Silvestre qui était alors secrétaire de la Société Philomathique recevra au printemps de 1792 une lettre de remerciements de Dumouriez, qui exerçait alors les fonctions de ministre des Affaires étrangères .

Deux jours après l'envoi de cette lettre datée du 18 avril 1792, Condorcet présentait à l'Assemblée législative son fameux rapport sur l'Instruction publique, et Silvestre était intervenu au cours des mois précédents pour que ce texte mentionne la Société Philomathique parmi les corps savants qui étaient appelés à couronner l'ensemble du service public de l'Education nationale voulu par les députés . C'était demander la reconnaissance officielle de l'institution amicale créée en 1788. La requête était ambitieuse, puisqu'il s'agissait ni plus ni moins d'insérer cette dernière dans la Société nationale des Sciences et des Arts, que Condorcet proposait dans son rapport sur l'Instruction publique et dont le schéma servira plus tard de modèle à l'Institut de France . C'est pourquoi elle sera sans effet. Mais il n'en demeure pas moins que Silvestre était proche de la majorité gouvernementale et qu'il partageait les idées de Condorcet sur l'importance de la méthode expérimentale pour l'avenir des sciences et des techniques et les progrès de la société dans son ensemble. Même s'il n'était pas exprimé clairement, son idéal politique se situait dans cette perspective et il reflétait en tous points celui de la bourgeoisie girondine au pouvoir, qui fondait l'émancipation de l'homme sur la tradition encyclopédique, les connaissances scientifiques et la philosophie des lumières. Pour le réaliser, Silvestre était apparemment disposé à donner un statut officiel à la Société Philomathique qui avait été fondée dans un tout autre but.

Les circonstances devaient donner une autre issue au projet de Silvestre. Au reste, celui-ci était trop lié à la majorité girondine dominante au printemps de 1792 pour ne pas s'inquiéter des mouvements populaires qui débordèrent cette majorité pendant l'été et provoquèrent la chute de la monarchie le 10 août 1792. Pour éviter des incidents dans les troubles de l'époque, il proposa le 18 août à la Société Philomathique de suspendre pour quelque temps ses séances . Mais les philomathes n'approuvèrent pas cette attitude. S'ils étaient unanimement d'accord pour introduire dans les sciences la méthode expérimentale, ils n'adoptaient pas pour autant toutes les positions philosophiques et politiques de Silvestre. Ils se contentèrent d'accorder un congé à celui-ci qui dut disparaître un moment. Quant à Broval, qui partageait les conceptions de Silvestre, il émigra vraisemblablement à la même époque, comme on l'a dit précédemment .

Le congé de Silvestre devait être de courte durée. Mais, jointe à l'absence de Riche qui était parti au milieu de 1791 avec l'expédition d'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse , la disparition de Broval privait la Société Philomathique de deux de ses fondateurs. A vrai dire, l'institution n'en développe pas moins ses activités, puisque c'est à cette époque, on l'a dit, que son Bulletin commence à être imprimé. Au demeurant, les événements lui donnent de plus en plus une situation officielle. Le 22 septembre 1792, le jour même de la proclamation de la République, le ministre de la Guerre lui demande de fournir un commissaire au Conseil de santé des hôpitaux militaires pour participer à un concours de modèles de voitures concernant le transport des malades. Comme précédemment, la Société Philomathique ne faillira pas à sa mission et Vauquelin sera nommé pour remplir cet emploi, le 8 décembre 1792 .

Cependant, en dépit des options personnelles de Silvestre, la proscription des Girondins le 2 juin 1793 devait donner un nouvel essor à cette société, qui était sans ambition aristocratique et qui poursuivait exclusivement des buts scientifiques. C'est ainsi que, tout en continuant ses activités habituelles, elle profitera de la suppression des académies d'Ancien Régime, qui interviendra le 8 août 1793 à l'initiative de la Convention montagnarde. Cette suppression, on le sait, répondait aux conceptions de cette dernière, qui reprochait aux institutions académiques de favoriser une science aristocratique susceptible de rétablir la hiérarchie corporative et cléricale des sociétés savantes du passé.

Il n'est pas question d'apprécier ici cette position catégorique de la Convention montagnarde qui estimait que l'institution académique entravait le progrès scientifique en créant une distinction entre les penseurs et ceux qui leur obéissent. Mais il est sûr que la Société Philomathique échappait précisément aux critiques des révolutionnaires à cet égard. Comme on l'a rappelé précédemment , elle se réunissait exclusivement pour instruire ses membres et non pour éclairer les autres, et cette conception répondait justement aux idées des montagnards, qui prônaient l'enseignement mutuel dans les sociétés populaires et qui pensaient que la science devait se développer dans ce contexte.

Cette position revêtait chez certains conventionnels un caractère systématique qui naissait des besoins de la défense nationale de l'époque. Mais, dans la mesure où elle répondait aux objectifs des premiers fondateurs de la Société Philomathique, elle devait singulièrement favoriser cette dernière en 1793 et en 1794. A la suite de la suppression des institutions académiques, un certain nombre de membres de l'Académie des Sciences, qui avaient joué un rôle éminent sous l'Ancien Régime, demandèrent à entrer dans cette société qui leur offrait l'avantage de pouvoir se rencontrer régulièrement dans la conjoncture de l'heure. A l'automne de 1793, la société accueillit de cette manière les meilleurs représentants de la science française de l'époque : Berthollet, Fourcroy, Lavoisier, Lefebvre d'Hellancourt, Ventenat, Vicq d'Azyr, Lamarck, Monge, Prony, Darcet père et Laplace . Il est inutile de dire que la présence de ces savants illustres donna une audience exceptionnelle à la jeune organisation philomathique, qui avait été fondée en marge des institutions officielles. Mais elle n'en répondait pas moins aux objectifs de la science nouvelle, puisqu'elle se situait dans la perspective expérimentale et qu'elle affirmait son autonomie au regard des dogmes et des conceptions abstraites du passé.

Silvestre, qui restait secrètement attaché à ses convictions girondines et qui partageait avec Condorcet l'idée d'établir une fédération de corps savants à l'échelon national, favorisera pour sa part l'entrée des membres de l'ancienne Académie des Sciences dans la Société Philomathique. Mais il sera critiqué à cet égard par Brongniart qui lui reprochera d'aller trop vite en besogne . De fait, l'arrivée des nouveaux membres changeait profondément le caractère de l'institution philomathique, et Silvestre en conviendra lui-même plus tard.

Avec l'entrée des académiciens, cette dernière n'était plus, à son avis, une société d'instruction réciproque, mais une société savante proprement dite . C'est pourquoi d'ailleurs Silvestre favorisait cette évolution pour sa part. Ce faisant, il espérait probablement neutraliser les intentions du pouvoir montagnard qui avait apprécié l'esprit démocratique de la Société Philomathique et qui comptait en faire un exemple pour les institutions d'enseignement mutuel qu'il souhaitait généraliser pour l'instruction publique supérieure. Ce qu'il voulait en définitive, c'était restaurer le corps savant qui manquait au pays après la disparition de l'Académie des Sciences. En somme, la discussion, qui s'était instaurée entre Silvestre et Brongniart à cet égard, reflétait à sa manière le débat qui avait opposé les Girondins aux Montagnards hostiles à la Société nationale des Sciences et des Arts que Condorcet voulait établir pour remplacer les corps académiques.

Au reste, il est impossible d'apprécier correctement les motivations profondes des savants qui entrèrent à cette date dans la Société Philomathique. Elles furent certainement d'origine différente. De toute manière, il est sûr qu'il ne faut pas exclure chez certains d'entre eux un opportunisme de circonstance. Plus tard, dans une conjoncture politique différente, plusieurs savants, qui étaient entrés à cette époque dans la Société Philomathique, quitteront l'institution ou s'abstiendront de participer à ses réunions en invoquant des prétextes qui confirment cette hypothèse. Tel est le cas de Berthollet qui cessera dès qu'il le pourra d'être assidu aux séances pour se consacrer à la Société d'Arcueil qu'il fondera bientôt avec Laplace. Mais il faut dire qu'au moment où ces hommes de sciences entrèrent dans l'institution philomathique, la Convention montagnarde menait une lutte implacable contre ses ennemis de l'intérieur et de l'extérieur et que beaucoup de savants approuvaient par patriotisme la politique qui mobilisait les forces vives de la nation pour repousser l'adversaire. Au reste, la Société Philomathique se mit à la disposition du gouvernement dans cette conjoncture exceptionnelle. C'est ainsi que le 3 frimaire an II (23 novembre 1793), elle répondait à l'appel du Comité de Salut public, lorsque celui-ci l'invita à lui désigner des personnalités susceptibles de le servir dans les administrations pour les subsistances, les armes et tous les autres objets d'utilité publique. La Société décida à cette occasion d'écrire à tous les membres absents pour les inviter à lui fournir des renseignements à ce sujet. Quelques jours plus tard, le 23 frimaire (13 décembre 1793), toujours à la requête du Comité de Salut public, elle désigne deux philomathes dont Prony pour faire partie d'un jury qui vient d'être établi pour juger les diverses machines de guerre .

Mais la Société remplit également à l'époque une mission pédagogique. Elle organise des cours publics et cette organisation est à l'origine du fameux Lycée des Sciences et des Arts, qui sera créé sous son patronage à la faveur de la liberté de l'enseignement, proclamée par la Convention au printemps de 1794 . C'est dire 1e rôle scientifique et social des philomathes de l'époque.

Toutefois, s'il avait pour lui la majorité du pays à la fin de l'année 1793, le gouvernement montagnard ne rencontra plus le même assentiment l'année suivante. Après les luttes intestines entre les factions au pouvoir, les excès de la politique terroriste devaient provoquer la crise du 9 thermidor, en montrant les divisions de l'opinion. Le registre des comptes rendus des séances de la Société Philomathique est éloquent à cet égard. II révèle que cette dernière ne tint pratiquement aucune séance plénière entre le 13 floréal et le 3 thermidor de l'an 11, c'est-à-dire entre le 2 mai et le 21 juillet 1794 . Dans cette période de tension extrême qui correspond approximativement à ce qu'on a appelé communément la Grande Terreur, les philomathes ont du connaître des contradictions internes que le registre dissimule sous des propos équivoques. Mais il ne faut pas oublier non plus que Lavoisier avait été guillotiné le 19 floréal (8 mai 1794) et que la Société, qui avait pour devise ETUDE ET AMITIÉ, portait nécessairement le deuil du grand savant qu'elle avait accueilli dans ses rangs l'année précédente. Même si Lavoisier avait été condamné comme fermier général et non comme homme de science, il est sûr que cette disparition affectait profondément tous les philomathes.

Cependant, l'essor que la Société avait connu après la disparition des académies ne sera pas sans lendemain. Après comme avant le 9 thermidor, elle continuera d'accueillir dans son sein des hommes de science qui s'étaient distingués d'une manière ou d'une autre et qui appartenaient à la génération nouvelle. En 1794 et 1795, René-Just Haüy, Pierre Tédenat, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et Georges Cuvier entrèrent dans la Société Philomathique, qui était véritablement considérée comme une pépinière de savants rompus aux méthodes nouvelles de l'expérimentation scientffique .

Le temps ne nous permet pas d'évoquer cette période qui apparaît singulièrement féconde dans l'histoire de l'institution et qui confirme l'autorité scientifique de cette dernière. Fidèle au rôle qu'elle avait joué sous la Convention montagnarde, la Société Philomathique continuera de grouper après le 9 thermidor l'élite scientifique et, sans penser que la création de l'Institut national des Sciences et des Arts (1795) l'Institut de France - pouvait lui porter ombrage, elle approuvera sans réticence une fondation qui devait, à ses yeux, servir la science .

Mais il faut dire qu'en confiant à l'Institut une tutelle générale sur les activités scientifiques du pays que la Révolution avait singulièrement développées, cette fondation permettait à la Société de restaurer sa vocation première d'instruction réciproque et que les philomathes ne pouvaient qu'apprécier l'institution nouvelle à tous égards. Les premiers adhérents de la philomathique avaient voulu vivre dans l'ombre de l'Académie des Sciences, sans participer à l'éclat de cette dernière. C'est cette situation originale qu'ils retrouvaient avec la création de l'Institut national. Le débat qui avait opposé précédemment Silvestre à Brongniart était désormais sans objet. Le premier savait qu'il existait un corps savant à l'échelon national et qu'il pouvait dès lors concéder au second la mission qui avait été celle de la Société Philomathique à l'origine : servir collectivement la science sans chercher les honneurs et la gloire individuelle.

Mais il n'en demeure pas moins que les philomathes avaient acquis leurs lettres de noblesse, quand ils avaient remplacé les corps savants défaillants et qu'on fera désormais carrière à la Société Philomathique, comme à l'institut de France . Les élections dans cette société susciteront des candidatures nombreuses et appréciées . Sous le Directoire, les philomathes continueront d'accueillir les meilleurs esprits de l'époque en recevant successivement Daubenton, Duméril, Lacépède, Chaptal et Bichat . Ses choix sont très éclectiques. Ils intéressent des savants formés aux méthodes expérimentales, quelles que soient leurs opinions par ailleurs. C'est pourquoi l'institution se démarque apparemment des idéologues de la Société d'Auteuil qui se groupent à l'époque autour de Cabanis et de Mme Helvétius et qui donnent à la science une interprétation philosophique particulière. Cette interprétation est naturellement subjective, comme toutes les hypothèses de cet ordre. Assurément, plusieurs philomathes partagent les conclusions des idéologues pour leur part . Mais d'autres ne leur sont pas favorables. C'est dire que la Société Philomathique ne prend pas parti dans ce débat. En fait, l'institution, qui a désormais ses heures de gloire, jouera un rôle important sous l'Empire qui persécutera les idéologues en raison de leur fidélité à la philosophie du XVIIIe siècle. En s'attachant au contraire au domaine scientifique et en excluant les polémiques à ce sujet, les philomathes pourront se maintenir sous tous les régimes, servir la science et braver impunément le temps et les hommes. Telle est l'origine du bicentenaire que nous célébrons aujourd'hui.

Notes:

1 . Bulletin des Sciences, I, 1803, p. III
2 . La personnalité de ces six jeunes gens est parfaitement définie dans J.-J. Mandelbaum, La Société Philomathique de Paris de 1788 à 1835. Essai d'Histoire institutionnelle et de biographie collective d'une société scientifique parisienne, thèse 3' cycle, Paris, 1980. Cf. M. Berthelot, Notice sur les origines et sur l'histoire de la Société Philomathique, Mémoires publiés par la Société Philomathique à l'occasion du centenaire de sa fondation, 1788-1888, Paris, 1888, p. II
3 . Cf. Notice sur l'institution de la Société Philornathique, Paris, Impr. des citoyens Du Pont, imprimeurs-libraires de l'Académie des Sciences (mars 1793). Cette notice reproduit un Extrait des règlemens de la Société Philomathique. Mais, comme le rappelle à juste titre M. Berthelot, art. Cit., p. iv, les premiers statuts de l'institution ont été rédigés en 1790.
4 . Cf. D. Mornet, Les origines intellectuelles de la Révolution française, Paris, 1933, passim (6e éd., 1967).
5 . Cf. A. Cochin, Les sociétés de pensée et la démocratie. Etudes d'histoire révolutionnaire, Paris, Pion-Nourrit, 1921, in-12, 300 p. et Id., Les sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne, Paris, Champion, 1925, 2 vol. in-8°.
6 . D. Mornet, op. cit., p. 356-337 et singulièrement p. 384-387.
7 . Sur cette appellation, voir J. Mandelbaum, O. Cit., p. 27-28.
8 . Rapports généraux des travaux de la Société Philomathique de Paris, I, p. 5.
9 . Cf. A. Le Bihan, Francs-maçons parisiens du Grand-Orient de France (fin du XVIIIe siècle), Paris, 1966, p. 448.
10 . Cf. Notice citée, n. 3, p. 6, art. XXIII, Extrait des règlements de la Société Philomathique, et J. Mandelbaum, op. cit., II, p. 523.
11 . Pour comprendre les positions réformatrices de cette société, on consultera le Nouveau plan de constitution pour la médecine en France présenté l'Assemblée nationale par la Société royale de Médecine, 1790.
12 . Cf. Notice citée n. 3, p. 2, art. 1er de l'Extrait des règlements de la Société Philomathique.
13 . Ibid.
14 . Cf. J. Piveteau, in Oeuvres philosophiques de Buffon, Paris, 1954, p. xi, et P. Feret, La Faculté de Théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, Epo que moderne, VI, Paris, 1909, p. 201-213, qui présente les rétractations que Buffon avait rédigées pour éviter les censures de la Faculté de Théologie.
15 . Au demeurant, Linné est un intuitif et un visionnaire qui saisit l'unité des formes dans une perspective d'ensemble.
16 . Il s'agit d'Antoine Laurent de Jussieu (1748-1836), qui enseigna au jardin du Roi, puis au Muséum national d'Histoire naturelle dont il devint le directeur.
17 . Les Amaenitates academiae de Linné étaient des recueils de dissertations que le savant avait rédigés pour ses élèves.
18 . Sur les rapports entre la Société Philomathique et la Société linnéenne des Sciences, consulter J. Mandelbaum, op. cit., passim.
19 . Ce périodique a d'abord pour titre Bulletin de la Société Philomathique à ses correspondants. La Société publiait aussi des rapports généraux annuels.
20 . On sait l'influence que Dupont de Nemours, qui avait été le collaborateur de Turgot et qui partageait les idées des physiocrates, devait avoir à beaucoup d'égards au début de la Révolution française.
21 . Une de leurs excursions aura pour but, le 23 juillet 1791, la fête de Rousseau à Montmorency (cf. Bibl. dc la Sorbonne, ms. 128).
22 . Voir les inventaires du mobilier de ce local établis en 1792 et 1793 (cf. Bibl. de
la Sorbonne, ms. 129).
23 . Pour s'être trop engagée politiquement dans les premiers temps de la Révolution, la Société d'Histoire naturelle sera contrainte de s'éclipser pendant la Terreur.
24 . Sur la répétition des expériences, avec l'appareillage rudimentaire dont on dispose,
voir J. Mandelbaum, op. cit., I, p. 40-46.
25 . Comptes rendus par les commissaires de la Société Philomathique des séances de l'Académie des Sciences, 1789-1793, puis 1796-1804, et comptes rendus du même ordre pour la Société d'Agriculture, 1789-1792; 1799; 1801-1802, dans ms. 132 de la Bibl. de la Sorbonne.
26 . Cf. Bibi, de la Sorbonne, ms. 133, pièce 107, et ms. 128, comptes rendus de quelques séances.
27 . Voir Bibl. de la Sorbonne, ms. 133, pièce 129.
28 . Voir Lettre de Silvestre en date du 4 février 1792, Arch. nat. F17 1309, V, pièce 7.
29 . Cf. Condorcet (Marie-Jean-Antoine-Nicolas Caritat de), Rapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique présentés à l'Assemblée nationale, au nom du Comité d'Instruction publique, les 20 et 21 avril 1792, l'an IV de la Liberté, Paris, Impr. nationale, 1792.
30 . Voir Bibl. de la Sorbonne, ms. 2082.
31 . Voir p. 10. (début du texte)
32 . A vrai dire, le départ de Riche avait peut-être été provoqué par l'opposition de l'intéressé à la Révolution. Dès septembre 1790, Riche avait exprimé ses sentiments à cet égard dans une lettre à Brongniart. Cf. BibI, centrale du Muséum national d'Histoire naturelle, ms. 1967, pièce 635.
33 . Bibl. de la Sorbonne, ms. 2082.
34 . Voir p. 12. (à partir de la note 6)
35 . Sur l'entrée des académiciens dans la Société Philomathique, voir j. Mandelbaum, O. Cit., I, p. 65-69, qui renvoie justement aux sources à cet égard.
36 . Cf. la lettre écrite de Bayonne par Brongniart à Silvestre le 7 frimaire an II (27 novembre 1793). Cf. Bibl. centrale du Muséum national d'Histoire naturelle, ms. 1989, pièce 884.
37 . Voir les Observations soumises à in Société Philomathique, relativement à quelques modifications qu'il paraît convenable de faire à son règlement, par M. de Silvestre, membre de la Société, 4 p. in-4° écrites à la fin de 1834 au ou début de 1835 (Bibl. centrale du Muséum national d'Histoire naturelle, Pr. 373 Z).
38 . Voir la lettre d'excuses de Berthollet en date du 3 ventôse an IV (22 février 1796) qui apparaît un peu comme une dérobade (cf. Bibi, de la Sorbonne, ms. 133, pièce 39).
39 . Les rapports entre la Société Philomathique et le Comité de -Salut public à cette époque sont évoqués en détail par J. Mandelbaum, op cit., t. p. 64 et les nombreuses références que cet auteur cite en note.
40 . Ct Lycée de, Sciences et des Arts ne- doit pas être confondu avec le Lycée républicain, qui avait été créé à la fin de l'Ancien Régime, sous l'appellation de Musée scientifique, par François Pilâtre de Rosier. Mais les deux établissements s'inspiraient de la tradition encyclopédique, et la Société Philomathique était proche de l'institution fondée par Pilâtre de Rosier à plusieurs égards. Au reste, ce dernier appartenait comme, Silvestre à l'entourage du comte de Provence.
41 . Bibl. de la Sorbonne, ms, 2082.
42 . Cf. J. Mandelbaum, op. cit., II, p. 464-465. On notera cependant qu'il s'agit de savants encore jeunes à l'époque.
43 . La création de l'Institut national est notamment approuvée par une circulaire adressée le 13 pluviôse an IV (2 février 1796) aux membres de la Société Philomathique, sur le renouveau de cette dernière après la création de l'Institut national. Cette circulaire avait été arrêtée par les philomathes dans leur séance du 23 nivôse précédent (13 janvier 1796). Cf. Bibl. de la Sorbonne, mss 2082 et 123.
44 . On fait maintenant carrière pour entrer à la Société Philomathique, comme à l'Institut. Consulter à ce sujet . Mandelbaum, op. cit., I, p. 71-89.
45 . Le nombre des philomathes est d’ailleurs limité à cinquante par un réglement en date du 3 Frimaire an VI (23 novembre 1797) et une procédure complexe est établie pour les candidatures CF. ibid.. I, p. 73 et 109-111.
46 . Ibid., il, p. 465-466.
47 . A vrai dire, il est très difficile d'apprécier les positions philosophiques des idéologues qui ont évolué dans leur pensée et qui n'ont pas sous la même approche des problèmes scientifiques et métaphysiques.


Vous êtes venus pour célébrer le bicentenaire de la Société Philomathique de Paris. Nos prédécesseurs ont déjà commémoré son centenaire et son cent-cinquantenaire. Je voudrais brièvement présenter, à ceux d'entre vous qui n'en sont pas membres, cette Société illustre et modeste entre toutes, parmi les plus anciennes de France.

La Société Philomathique de Paris est une société scientifique et philosophique pluridisciplinaire, de haut niveau. On en devient membre par cooptation, puis par vote de substitution, car le nombre de ses adhérents est limité. Elle est républicaine, non secrète, entièrement ouverte à la connaissance, farouchement indépendante; elle cultive l'authenticité, la tolérance, la liberté.

Les philomathes sont des intellectuels généreux et fraternels, désintéressés, librement unis par l'attrait de la connaissance scientifique et philosophique, et par l'amitié. Ils n'ont ni rituel, ni ornements, ni temple; ils n'admettent aucune orientation générale collective, ni aucune assistance. Ils ne revendiquent pas de vérité. Ils laissent à chacun le soin de tenter de résoudre ses propres problèmes intellectuels et moraux. Ils sont amis parce qu'ils ont des affinités communes.

La dernière conférence de l'année est publique. La Société a survécu grâce à l'unique soutien de ses membres : elle en compte aujourd'hui 104, plus de nombreux correspondants.

La demi-douzaine de jeunes et enthousiastes « pères fondateurs », sous l'impulsion efficace de Augustin-François de Silvestre, agronome au « zèle dévorant » - a-t-on dit - et d'Alexandre Brongniard, minéralogiste, se réunit pour la première fois le 10 décembre 1788. La Société naissante prend pour devise : ÉTUDE ET AMITIÉ. Cette belle devise est restée la nôtre et nous nous efforçons de la respecter.

La Société Philomathique de Paris commence à s'amplifier en automne 1789, puis se développe rapidement. Elle joue un rôle scientifique et historique de premier plan. Ses buts sont nobles et ambitieux, elle désire, selon le ton de l'époque, « devenir par la suite un point de réunion générale, où les connaissances nouvelles viendront aboutir, et d'où elles se répandrons dans le monde savant, en faisant une chaîne lumineuse non interrompue de vérités et d'instructions ». Les séances se tiennent chaque semaine, chez l'un des fondateurs. Le premier élu est Vauquelin, en 1789. Puis deux élections suivent (1790 et 1791). Dès 1791, la Société est composée de 18 membres et 18 correspondants. En 1793, une élection massive de 11 membres, de septembre à novembre, nomme Lavoisier (guillotiné en 1794), Lamarck, Monge, Laplace...

De plus, la Société se veut généreusement enseignante. Elle ouvre des cours publics « destinés aux éléments des sciences ». Ceux-ci deviennent bientôt la seule forme d'enseignement des sciences, par suite de la suppression des universités et des académies. En effet, par décret du 8 août 1793, la Convention supprime toutes les académies et Sociétés littéraires « patentées» ou « dotées » par la nation, en dépit des efforts de Lavoisier, de Lakanal et de l'abbé Grégoire pour préserver l'Académie des Sciences. Le 15 septembre sont supprimés aussi les universités, facultés et collèges. Trois mois plus tard, dans un rapport du Comité de Salut public, Bouquier veut proscrire à jamais «toute idée de corps académique, de société scientifique, de hiérarchie pédagogique» et déclare inutile « une caste de savants spéculatifs ». Or, c'est le moment (juillet 1793) que choisit la Société Philomathique - une des très rares Sociétés restées libres - pour instaurer un nouvel enseignement supérieur, dans un local appelé Lycée des Sciences et des Arts, situé au Palais-Royal. Elle y donne courageusement 18 cours par semaine, dans une salle pouvant recevoir 2 000 auditeurs, 400 places étant attribuées gratuitement. En outre, elle s'impose la vérification expérimentale des travaux dont elle a connaissance.

La fermeture de l'Académie des Sciences a, de plus, une double conséquence pour la Société Philomathique. D'une part, elle bénéficie du reflux en son sein de plusieurs membres de cette Académie, d'autre part elle joue partiellement le rôle de cette institution, par suite de sa nouvelle position de seule détentrice des publications scientifiques de l'époque. Cette situation dure jusqu'à la réouverture des académies, sous le nom d'institut le 3 brumaire an IV (novembre 1795), et à la reprise de leurs publications.

Le nombre des philomathes s'accroît jusqu'à 70 en 1797, d'où l'obligation, statutaire pendant cette période, de ne plus élire de membre que par voie de remplacement et de limiter ce nombre à 50. Cependant, ce n'est qu'en 1879 que la Société Philomathique de Paris est déclarée d'utilité publique, en raison de son caractère pluridisciplinaire.

Les plus grands noms de la Science honorent notre Société. Longue est la liste de ces savants, dont certains ont réservé à la Philomathique la primeur de leurs découvertes. Qu'il suffise de citer, parmi les plus illustres Lavoisier, Lamarck, Laplace, Cuvier, Gay-Lussac, Ampère, Cauchy, Fresnel, Boussingault, Claude Bernard, Berthelot, Dutrochet (correspondant) , Pasteur, H. Becquerel, et plus près de nous, de Broglie, Joliot, Monod... Dès 1944, notre palmarès comptait 11 prix Nobel parmi les membres titulaires et 17 parmi les émérites, dont Dirac, Einstein, Heisenberg, Morgan, Planck...

Les archives de notre Société sont représentées initialement par les « Registres » qui sont manuscrits, puis par le Bulletin mensuel, imprimé à partir d'octobre 1792, et par les Rapports généraux annuels. L'édition des Rapports cesse d'abord de 1792 à 1798; en revanche, celle du Bulletin persiste en dépit de lourdes vicissitudes et de plusieurs interruptions. Jusqu'en 1838, date du centenaire, le Bulletin comporte 7 séries. A signaler que le tome I de la première série comprend la réimpression, en 1802, des 54 premiers numéros, y compris les manuscrits. Interrompu en 1805, le Bulletin reparaît en 1807 sous le nom de Nouveau Bulletin des Sciences par la Société Philomathique de Paris. A partir de 1836, les Notes de la Société Phiomathique sont éditées dans le Journal de l'Institut.

La septième série (1876-1888), distribuée d'abord en cahiers trimestriels, constitue le beau volume du centenaire, publié comme Mémoire de la Société. Retrouvé par M. Taton dans le catalogue d'un bouquiniste, il a résisté à l'épreuve du temps : nous l'avons pieusement relié en pleine peau. Il contient le riche discours de Berthelot sur les origines et l'histoire de la Société Phiomathique , 17 mémoires de Sciences mathématiques et physiques et 16 de Sciences naturelles. Certains de ces mémoires atteignent 23 pages et même 32 pages, avec 22 planches hors texte, de qualité parfaite, dont deux en couleur. Bien que noblement pauvre, la Société Phiomathique savait tenir son rang scientifique! En 1938, paraît la plaquette du cent-cinquantenaire avec le texte de Decombe; elle correspond au tome 120.

Puis viennent les années de guerre et d'occupation, pendant lesquelles la Société parvient à maintenir son activité, à tenir des conférences (10 en 1943, 7 en 1944, 6 en 1945) et à publier son Bulletin (t. 121 en 1939 à t. 125 en 1945). Quelques-uns d'entre nous appartiennent à la Résistance française.

Trop indigente pour continuer à éditer son Bulletin, la Société trouve asile, en 1948, auprès de la Revue générale des Sciences pures et appliquées celle-ci accole à son titre celui de « ... et Bulletin de la Société Phiomathique de Paris » (nos 4 et 5). Toutefois cette symbiose dure seulement jusqu'à 1952 ; puis la Revue générale des Sciences disparaît elle-même. La Société Philomathique entre alors en sommeil, du moins en ce qui concerne nos dîners-conférences. Mais nous sommes quelques fidèles, tenaces, à vouloir ranimer le flambeau, notamment Kurilsky, May, Lavollay, Galle... Au dîner des « retrouvailles », le 25 novembre 1961 (au Procope), nos membres viennent nombreux et joyeux. La Société reprend pleinement son activité du passé. Nous révisons nos statuts en 1971. Mais nous sommes toujours contraints financièrement à ne plus publier de bulletin : quelques annuaires font office de tomes (t. 129, 1974).
Mes souvenirs philomathes personnels datent du 14 janvier 1932,
année où je suis élu membre titulaire, sous le parrainage de mes amis de l'Institut Pasteur, Raoul-Michel May et Michel Machebœuf. De cette année 1932, il ne reste actuellement que quatre membres. Revenons donc à 1932. La Société se réunit dans l'arrière-salle de ce qui est, à l'époque, le café-restaurant de la rue Soufflot, où nous dînons et tenons conférence. Ces réunions sont très amicales, mais aussi librement critiques. Dans les années qui suivent, le noyau des fidèles est surtout représenté par Machebœuf, May, Parat, Kahan, Fessard, les Monnier, les Lecomte de Nou, les Chauchard, les Mazoué, Kourilsky, Catherine Veil, Balachowsky, Jeanne Lévy, Dognon, Galle, les Destouches, Lavollay, Cartier, Benoit, les Cheftel puis, disait-on, le groupe Kodak Bourdon, Pouradier, les Clément...

Grandes sont les difficultés matérielles pour trouver un local suffisamment vaste, correspondant à l'impérieuse nécessité de pouvoir y tenir à la fois dîner et conférence, en y trimbalant notre lanterne et nos tableaux roulants. C'est alors que la Société se prête de bonne grâce à de multiples essais (Kodak-Vincennes, Unesco, Ecole de Physique et Chimie, Faculté de Droit, Université Paris VI, Palais de la Découverte, enfin Cercle républicain à partir de janvier 1975 (mais ce Cercle qui nous convenait doit fermer pour travaux). Et voilà que nos problèmes semblent se résoudre grâce à la parfaite obligeance du chancelier Edouard Bonnefous. Notre siège social est désormais (depuis 1985) à l'Institut de France où se tiennent nos Conseils (qui avaient lieu dans mon laboratoire), tandis que les dîners-conférences se font au Sénat.

En 1974, notre président Raoul Kourilsky doit interrompre ses fonctions pour raison de santé il est désigné président d'honneur pour les hauts services rendus. Je suis élu à sa succession le 14 mai, il y a quinze ans. Nos dîners-conférences, de haute vulgarisation, auxquels sont conviés nos épouses et nos invités, ont lieu de façon régulière, environ tous les trois mois. Les sujets d'actualité relèvent de nos quatre sections théoriques : Sciences mathématiques, Sciences physiques, Sciences biologiques, Sciences naturelles; ils sont très variés et plein d'intérêt : le choix est difficile mais nous trouvons toujours le meilleur accueil auprès d'éminents conférenciers bénévoles, en général non philomathes. Il est désolant que les textes de ces Conférences n'aient pu être publiés et qu'une mine si précieuse de mise au point par des spécialistes réputés ne soit pas utilisée; mais la Société Philomathique ne dispose toujours que des cotisations de ses membres, alors que tant d'argent est gâché ailleurs.

Notre effort actuel est de regrouper toutes nos Archives à la Bibliothèque générale de la Sorbonne, grâce à l'aide de Messieurs les conservateurs en chef, A. Tuilier et Cl. Jolly. Les registres manuscrits ont été rachetés à un libraire par les soins de M. Tuilier. Sont archivés ou doivent l'être une grande partie des bulletins, rapports et publications, le livre relié du centenaire et une thèse en 2 volumes dactylographiés de J. Mendelbaum (1980) sur : La Société Philomathique de Paris de 1788 à 1835.

Il me paraît utile maintenant d'ajouter, pour nos successeurs, quelques informations complémentaires.

- La préfecture de police a désiré connaître nos statuts et notre
histoire, je lui ai donc fourni un copieux dossier en janvier 1983.
- J'ai trouvé un mécène temporaire en la personne d'un ami de jeunesse, M. Joffard, pour la fondation en 1978 d'un prix de la Société Philomathique de Paris (3 000 F), pendant trois ans. Ce prix a été institué, selon son intitulé, pour récompenser un « mémoire personnel, original, inédit, de caractère pluridisciplinaire.., prospectif, dénotant un esprit imaginatif, créatif, synthétique, d'un niveau scientifique indiscutable ». Parmi de nombreux mémoires, trois ont été récompensés ceux de M. R.-M. Guyon (1979), M. Demarey (1980), Mile M.-D. Morch (1982). Bénéficierons-nous d'un nouveau mécène ?

Notre ancienne médaille à l'effigie de Lavoisier, dont nous n'avions presque plus d'exemplaires, a été remplacée en 1983, par une nouvelle que nous décernons à nos conférenciers non philomathes. Cette nouvelle médaille, d'environ 5 cm de diamètre, en bronze doré, porte au revers en fort relief l'effigie de Laurent Lavoisier, véritable œuvre d'art, et à l'avers, aussi en relief, les inscriptions Société Philomathique de Paris 1788, ÉTUDE ET AMITIÉ, et les noms de dix savants philomathes parmi les plus illustres. Le nom de chaque titulaire de la médaille peut se graver sur la tranche, qui est épaisse.
Les organisateurs de l'exposition du bicentenaire de la Révolution française nous ont demandé d'illustrer le rôle historique de la Société Philomathique à cette époque nous avons prêté quelques-uns de nos documents précieux.

En terminant, je voudrais souligner ce que notre Société doit, dans la période actuelle, au dévouement exceptionnel et à l'efficacité de nos secrétaires généraux, M. J. Bourdon puis actuellement M. Jacques Boulon, et de nos vice-présidents, MM. Jean Lavollay et Alexis Moyse, enfin de notre parfait trésorier M. René Buvet.

J'assure de notre gratitude M. le directeur et Messieurs les administrateurs du Conservatoire national des Arts et Métiers qui ont bien voulu nous accueillir. La partie historique de cette belle institution, fondée le 10 octobre 1794, par Grégoire, était bien connue de nos premiers philomathes.

Pour célébrer notre bicentenaire, quelques-uns de nos amis philomathes, parmi les meilleurs spécialistes, vont faire part de leur point de vue personnel - au prix de quelques éclairantes répétitions - sur l'histoire de notre Société, dans ses rapports avec l'idéologie scientifique, les sciences naturelles, les sciences exactes.

A ces textes, exposés en séance, sont ajoutés six autres rédigés à l'intention de cette célébration, dans la liberté la plus complète. Ils concernent des commentaires « philomathiques » très divers, sur Lavoisier, la découverte de la photosynthèse, le sens des modèles mathématiques, l'actualité du statut de philomathe, des propos sur la société, l'animal humain et la médecine, enfin sur l'épistémologie.

Notes:

1) La question du deuxième h de philomathique. Doit-on écrire Société Philomatique? D'après les Annuaires et des textes historiques, notamment celui de Berthelot pour le centenaire de la Société, ainsi que celui de Décombe pour le cent-cinquantenaire, Philomathique garde son deuxième h.

2) « Le Comité de l'Instruction publique qui proposa la suppression des "ci-devant assemblées", demanda cependant que soit créée une société destinée à l'avancement des sciences et des arts, préfiguration de l'Institut national des Sciences et des Arts qui fut instauré deux ans plus tard par la même Convention, le 25 octobre 1795, la veille même du jour où elle cédait la place au Directoire » (Alexis Dejou, La vie des Sciences, Comptes-rendus, série générale, 1988, t. 5 (no 3), p. 213-228).

3) « Il (H. Dutrochet) avait adressé son premier travail : "Recherches sur les Rotifères", en 1812, à la Société Philomatique de Paris qui, en tant que Société, n'avait pas été concernée par le décret de la Convention supprimant tous les organismes culturels de l'Ancien Régime. La Société Philomatique qui, pendant la période révolutionnaire, avait conservé ses archives et son activité, de ce fait fréquentée par les savants les plus distingués, était devenue l'antichambre de l'Académie des Sciences ressuscitée. A la suite de cette publication, Dutrochet en fut élu membre correspondant dans la section "Anatomie et Zoologie". Emile Aron, Henri Dutrochet, médecin et biologiste honneur de la Touraine (1776-1847), 1990 (p. 93), CLD, Tours.

Notre confrère philomathe Henri Dutrochet est le fondateur de la théorie cellulaire, en 1824. Cette partie essentielle de son oeuvre est injustement méconnue. Sans doute n'a-t-il pas pris soin d'affirmer avec suffisamment de force les conclusions auxquelles il était parvenu, comme l'ont fait, plus tard, J. Schleiden (1838, 1840, 1845) et Th. Schwann (1839) qui ont ignoré Dutrochet. Celui-ci, a écrit « (La cellule).., est la pièce fondamentale de l'organisme... une unité physiologique.., l'organe sécrétoire par excellence... Tous les tissus dans les organes ne sont vraisemblablement que des cellules diversement modifiées. » Ajoutons que c'est à notre Société que C. Cagniard de la Tour a réservé sa communication du 18 juin 1836, montrant que les globules de levure sont des organismes vivants « probablement du règne végétal » et que leur action est due à « leur activité vitale ».

4) Marcelin Berthelot, Notice sur les origines et l'histoire de la Société Philomathique, Mémoires publiés par la Société Philomathique à l'occasion du centenaire de sa fondation, 1888, p. i à xvii (Gauthier-Villars et fils).


Année 1975

09-01-75

Le comportement et le système neuroendocrinien des insectes
par M. le Pr P. P. Grassé, membre de l’Institut

13-03-1975

Les montgolfières, aspects historiques et techniques
par M. P. Clément, philomathe

13-05-1975

La médecine nucléaire
par M. le Pr J. Baillet, professeur à la Faculté, philomathe

21-10-1975

Problèmes non résolus de la théorie des nombres
par M. le Pr Pisot, professeur à l’Université Pierre et Marie Curie

16-12-1975

Nouveaux progrès sur les connaissances de la transmission de l’influx nerveux
par M. le Pr Changeux, professeur au Collège de France



Année 1976

03-02-1976

L’exploration des planètes
par M. A. Dolfus, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris, philomathe

14-04-1976

Le rayonnement synchrotron, applications en physique, chimie, biologie
par M. le Pr Farge

23-06-76

Les régulations physiologiques d’après la théorie des systèmes
par M. le Pr Jacquemain, professeur à la Faculté de Médecine, philomathe

26-10-1976

L’origine de l’homme, travaux récents
par M. le Pr Y. Coppens, professeur au Muséum d’Histoire Naturelle, philomathe

21-12-1976

Cellules tueuses responsables du rejet des greffes
par M. le Pr Zagury



Année 1977

17-02-1977

Paysages urbain et rural
par M. le Pr Lassus

14-06-1977

L’océan, l’atmosphère et notre environnement physique
par M. le Pr Lacombe, Professeur au Muséum d’Histoire Naturelle

20-10-1977

Vérité scientifique et avenir de l’homme
par Mr le Pr Merleau-Ponty, professeur au Collège de France

03-12-1977

A la découverte de la peinture par les méthodes scientifiques
par Mme Hours, directeur au Musée du Louvre



Année 1978

16-02-1978

Molécules biologiques dans le cristal
par M. le Pr Gay

27-04-1978

Impact des activités humaines sur le climat du globe terrestre. Point de vue d’un astronome par M. R. Kandel

14-06-1978

La migration des cellules et le remodelage des tissus : rôle des enzymes
par M le Pr Chapeville, philomathe

16-11-1978

Détermination génétique et épigénèse dans le développement du système nerveux
par Mr le Pr Changeux, professeur au Collège de France
16-12-1978

Sensibilité et réactions morphogénétiques chez les végétaux
par M. le Pr Champagnat, professeur à l’Université de Clermont-Ferrand



Année 1979

13-03-1979

Nouvelles idées sur les membranes cellulaires, fondées sur l’électrochimie et la photochimie des lipides
par le Pr Alexandre Monnier, membre de l’Académie de Médecine, philomathe

03-05-1979

Les débuts de la géodésie moderne : de l’abbé Picard à Maupertuis
par M. René Taton, directeur de recherche au CNRS, philomathe

06-06-1979

L’énigme des particules élémentaires
par M. le Pr René Deheuvels, professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, philomathe

15-10-1979

L’actualité du rêve
par M. le Pr Michel Jouvet, professeur à l’Université de Lyon, membre de l’Institut

08-12-1979

Physiopathologie des maladies rhumatismales
par M. le Pr Florian Delbarre, membre de l’Académie Nationale de Médecine



Année 1980

30-01-1980

Génie génétique, réalités et perspectives
par M. le Pr Philippe Kourilsky, Institut Pasteur

25-03-1980

Communications avec les civilisations galactiques
par M. Pierre Pierre Connes, Directeur de Recherche au CNRS


29-05-1980

Les substances antinutritives de nos aliments
par M . le Pr Raymond Ferrando, membre de l’Académie nationale de Médecine, philomathe

07-10-1980

La biologie à basse température
par Mr le Pr René Douzou, professeur au Muséum d’Histoire naturelle, membre de l’Institut

06-12-1980


Année 1981

04-02-1981

La controverse cosmologique
par M. le Pr Jean-Claude Pecker, membre de l’Institut, professeur au Collège de France, philomathe

01-04-1981

Problèmes actuels de la traduction génétique et de sa régulation
par M. le Pr François Chapeville, directeur de l’Institut Jacques Monod

17-06-1981

Reconnaissance de forme et robotique industrielle
par M. le Pr Jacques Chevalier, professeur à l’Université Pierre-et-Marie Curie, philomathe

04-11-1981

L’évolution énergétique de l’inerte au vivant
par M. le Pr René Buvet, professeur à l’Université Paris-Sud

05-12-1981

Photobiologie de la germination, de la croissance et de la floraison
par M. Roger Jacques, directeur de recherche au CNRS


Année 1982

23-02-1982

Aspects nouveaux de l’observation des galaxies
par M. Georges Courtes, membre de l’Institut, astronome titulaire de l’Observatoire de Marseille

11-05-1982

Conversion et transferts d’énergie dans l’appareil photosynthétique des végétaux
par M. le Pr Pierre Joliot, membre de l’Institut, professeur au Collège de France

27-10-1982

L’immunologie à l’heure des clones : révolution conceptuelle et technologique
par M. Jean-François Bach, membre de l’Institut

11-12-1982

L’inflammation : nouvelles connaissances sur ses implications physiopathologiques et progrès thérapeutiques
par M. le Pr Jean-Paul Girous, professeur à la Faculté de Médecine


Année 1983

26-01-1983

Espace et temps : systèmes de repérage naturels et dynamiques
par M. Bernard Guinot, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris

23-03-1983

La science informatique : sa constitution et son évolution
par M. le Pr Jacques Arsac, professeur à l’Université Pierre-et-Marie Curie, philomathe

15-06-1983

La bioastronomie : recherche de la vie dans l’Univers
par M. Jean Heidmann, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris, philomathe

12-10-1983

L’invention des ballons et le premier envol de l’homme : un bicentenaire
par M. Audoin Dolphus, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris, philomathe

03-12-1983

Origine et évolution du code génétique
par M. le Pr François Chapeville, directeur de l’Institut Jacques Monod et Mlle Marie-Dominique Morch, lauréate de la société Philomathique de Paris (Prix Joffard, 1982)


Année 1984

08-02-1984

La taille des outils préhistoriques
par M. Jacques Tixier, maître de recherche au CNRS

26-04-1984

La vie et la mort des dinosaures
par M. Philippe Taquet, directeur du Muséum national d’Histoire naturelle, philomathe

27-06-1984

Les trous noirs
par M. Brandon Carter, directeur de recherche au CNRS

30-10-1984

Physique et notion de réalité
par le Pr Bernard d’Espagnat, professeur à l’Université Paris-Sud, philomathe

08-12-1984

Les oasis éphémères des grandes profondeurs
par M. le Pr Lucien Laubier, haut conseiller scientifique de l’Institut français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer


Année 1985

30-01-1985

Y a-t-il une crise du déterminisme ?
par le Pr René Thom, membre de l’Institut

17-04-1985

L’exploration géodynamique des océans
par M . le Pr Jean Aubouin, membre de l’Institut

26-06-1985

Nouvelles vues sur le Big Bang : l’Univers inflationnaire
par M. Jean Heidmann, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris, philomathe

38-10-1985

Climats du passé et du futur
par M. Jean-Claude Duplessy, directeur de centre au CNRS

11-12-1985

La révolution de la chirurgie cardiaque
par M. le Pr Jean-Paul Binet, membre de l’Académie nationale de Médecine


Année 1986

05-02-1986

A la recherche des neutrinos solaires
par le Pr Evry Schatzman, membre de l’Institut

16-04-1986

La maîtrise de la reproduction humaine : problèmes physiologiques et éthiques
par M. le Pr Claude Sureau, membre de l’Académie nationale de Médecine

25-06-1986

Mesures et dimensions
par Mr le Pr Jean-Pierre Kahane, professeur à l’Université Paris VII

29-10-1986

La vie, mécanique membranaire ?
par M. le Pr René Heller , professeur à l’Université Paris-VII, philomathe

17-12-1986

L’expédition Kaïko et la subduction japonaise
par M. le Pr Xavier Le Pichon, membre de l’Institut


Année 1987

11-02-1987

Les jeux immunologiques de la reproduction et de la maternité
par M. Guy-André Voisin, directeur de recherche à l’Inserm

28-04-1987

Entropie et désordre : la synonymie est-elle légitime
par M. le Pr Claude Lioret, philomathe

01-07-1987

Histoires de hasard
par M. le Pr M. P. Schutzenberger, membre de l’Institut, philomathe

12-11-1987

L’inconscient et le rappel des souvenirs
par M. le Pr François Lhermitte, membre de l’Institut, et de l’Académie nationale de Médecine

16-12-1987

Intelligence et reconnaissances moléculaires
par M. Jacques Ninio, directeur de recherche au CNRS


Année 1988

10-02-1988

L’étude des comportements humains et le modèle animal : point de vue de l’anthropologue par M. Albert Ducros, directeur de Recherche au CNRS, philomathe

21-04-1988

Recherche et développement au pays du Soleil levant
par M. le Pr René Buvet, professeur à l’Université Paris-Sud

24-10-1988

Quelques principes du fonctionnement cérébral
par M. le Pr Pierre Buser, membre de l’Institut


Année 1989

16-02-1989

Les fouilles de la Cour carrée du Louvre
par M. le Pr Michel Fleury, vice-président de la Commission du Vieux Paris

07-07-1989

Max Planck et le chaos élémentaire
par M. Olivier Darrigol, de l’Unité « Epistémologie, Histoire des Sciences et des institutions scientifiques », du CNRS

01-12-1989

Interprétation de l’Art Préhistorique
par M. Denis Vialou, sous-directeur au Muséum d’Histoire national d’Histoire naturelle


Année 1990

16-02-1990

Histoire et performance d’un instrument astronomique : l’astrolabe de Danjon
par Mlle Suzanne Debarbat, astronome titulaire de l’Observatoire de Paris

18-06-1990

Au lendemain de la rencontre Voyager-Neptune : le point sur les anneaux des planètes
par M. André Brahic, professeur à l’Université Paris VII


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