Menu
Médaille Lavoisier
Conférences : Ernest KAHANE, Antoine-Laurent LAVOISIER et la Société Philomathique de Paris

Antoine-Laurent LAVOISIER et la Société Philomathique de Paris

Par Ernest KAHANE, philomathe

Pourquoi Lavoisier?

Bien sûr, Lavoisier était déjà considéré il y a deux cents ans comme le savant le plus représentatif qu'ait connu notre pays. Bien sûr, ce jugement a été amplement confirmé depuis lors, et il l'est resté alors même que se multipliaient les succès scientifiques remportés par des Français comme, chronologiquement parlant, dans la période de la Restauration.

Sans doute ces succès n'appartenaient-ils pas tous au domaine de la chimie, mais les chimistes y avaient bonne part, en attendant l'explosion de découvertes évoquées par le nom, illustre entre les illustres, du chimiste Pasteur. N'ai-je pas cru pouvoir honorer singulièrement mon héros de prédilection, Boussingault, en intitulant Boussingault entre Lavoisier et Pasteur le livre que je lui ai récemment consacré ? Le souvenir de ces grands chimistes philomathes se porte bien, malgré l'intervalle des générations écoulées depuis leur entrée dans notre confrérie, 1793 pour Lavoisier, 1836 pour Boussingault, 1860 pour Pasteur.

Lavoisier a été choisi de bonne heure par le Conseil de notre Société comme illustrant de la façon la plus éminente notre devise ÉTUDE ET AMITIÉ. C'est une médaille à son effigie qui est offerte à tous nos membres les plus respectés et à nos conférenciers les plus prestigieux, lorsqu'il s'agit de leur faire honneur. C'est évidemment en hommage au retentissement universel de l'oeuvre de Lavoisier, que nous les invitons ainsi à y participer, et c'est bien ainsi qu'ils l'accueillent.

Il est clair que pour les animateurs de la Société Philomathique tous les aspects solidaires de la personnalité de Lavoisier concourent à justifier une mesure aussi remarquable. A coup sûr, les bénéficiaires ne s'y sont pas trompés, ils ont reçu cette distinction avec autant de simplicité qu'elle leur était offerte. Pour les uns comme pour les autres, c'était une façon d'unir dans un même geste la vertu de l'étude et celle de l'amitié.

Les grands savants ne manquent pas dans l'effectif des adhérents de notre Société Philomathique. Comment choisir parmi eux? Je signale à ce sujet un détail, peut-être minuscule et sans grande signification, qui m'a frappé à la lecture du fascicule 1939 publié à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de notre Société. Il porte en tête de sa couverture une photo de la médaille Lavoisier, et en page 15, à la suite de la liste des philomathes les plus éminents, un fac-similé de la médaille consacrée à Pasteur. On trouve aussi dans ce même numéro, page 30, la reproduction avers et revers de la très curieuse médaille de membre. Elle porte d'une part notre devise et d'autre part, une belle couronne, avec les noms de ceux qui ont le plus honoré la Société Philomathique Lavoisier, Lamarck, Monge, Laplace, Ampère, Fresnel, Cuvier, Claude Bernard, Berthelot, Pasteur. Peut-on rêver une plus belle illustration de la noble formule - De Lavoisier à Pasteur - ?

En dépit de la variété de ses charges, Lavoisier a continué inlassablement à faire face et à satisfaire pleinement à toutes ses obligations. Leur complexité ne semblait pas lui peser, et il en acceptait de nouvelles chaque fois que se présentait l'occasion de se dépenser utilement, comme en 1775 où il devint régisseur des poudres et salpêtrés, avec jouissance d'un vaste hôtel à l'Arsenal. Sa charge de fermier général lui prenait la majeure partie de son temps de travail, mais n'avait à ses yeux que la valeur d'un moyen : c'est grâce à la fortune véritable qu'elle lui procurait qu'il pouvait se permettre de dépenser largement, sans lésiner, pour l'entretien de son laboratoire.

On ne saurait surestimer, tellement elle a joué en faveur de l'oeuvre de Lavoisier, l'importance d'une technique raffinée pour le conduire au succès. Voici ce qu'en dit Etienne Wolff : « Combien de travaux échouent, parce que l'expérience ne répond pas, parce que la technique est défectueuse, parce que l'appareillage n'est pas adéquat... L'adaptation exacte de la technique à l'idée expérimentale, telle est la condition décisive de la réussite... On peut dire que l'hypothèse de travail fructueuse consiste non seulement à poser le problème, mais encore et surtout à concevoir les moyens propres à le résoudre. »

La fonction de fermier général de Lavoisier comportait des attributions de haute importance non seulement financière, mais aussi économique, souvent même relatives à la conduite politique des affaires. Je citerai à ce sujet la répression de toutes sortes d'abus dont il a été chargé. Pour lutter contre la fraude à l'octroi, il s'était résigné, de guerre lasse, à la fermeture et au contrôle de la ceinture parisienne. Elle était violemment impopulaire, et avait provoqué une campagne contre Lavoisier, utilisant la formule du mur murant Paris qui rend Paris murmurant.

Ses initiatives étaient en général plus heureuses, comme celles qui l'ont conduit à se transformer en gentleman farmer. C'est en cette qualité qu'il a été élu aux états généraux comme délégué du tiers état. Il avait fait un modèle de son exploitation de Fréchines, dans le Vendômois, dont la culture était telle qu'on a pu voir en lui un précurseur direct de Boussingault, père de l'agronomie mondiale. Il était influencé par les physiocrates et se préoccupait de la vie des paysans. Il avait ouvert pour eux une école dont il supportait toutes les charges matérielles, traitement de l'instituteur compris.

Je ne crois pas qu'il soit exagéré ici, en milieu philomathique, d'insister un peu sur ce qui fait la principale originalité de notre personnage, la variété de ses aptitudes, et en corollaire, la capacité à passer d'un secteur à l'autre, sans délai et de façon intégrale. C'est d'un prodigieux Maître Jacques. Peut-être cette faculté est-elle ce qui l'a rendu le plus précieux dans chacun de ses incessants avatars. Elle a tout de suite attiré l'attention de ses collègues quand il a été élu à l'Académie des Sciences, et ils se sont tout de suite déchargés sur lui de la fonction de consultation tous azimuts qui était, peut-être plus encore qu'aujourd'hui, dans les attributions de cet aréopage.

La correspondance de Lavoisier en fait foi, et c'est peut-être la raison pour laquelle, depuis près d'un siècle et demi, elle est toujours en voie de publication. J'ai eu tout récemment l'occasion de la consulter de nouveau, et je crois pouvoir me permettre de prendre pour exemple l'anecdote suivante. L'Académie avait chargé une fois de plus Lavoisier, avec son collègue M. de Montigny, de faire rapport, après l'avoir instruite, sur l'invention d'un sieur Rabiqueau. Elle était destinée à améliorer le rendement des cheminées lorsqu'on y faisait du feu.

A part le style du personnage, elle n'avait rien de grotesque, car en substance, elle consistait à améliorer la réverbération du foyer, à l'aide de trois miroirs concaves convenablement juxtaposés. Les rapporteurs prirent leur temps, expérimentèrent, et fournirent un rapport de trois grandes pages, dont voici la conclusion, qui laisse à la proposition toute son actualité :

- Nous pensons, d'après toutes ces réflexions, que les réverbères adaptés par M. Rabiqueau au feu des cheminées auraient quelques avantages entre les mains d'un curieux qui mettrait son plaisir à les entretenir toujours très propres, qui s'occuperait lui-même avec une attention particulière de l'arrangement du bois, qui s'assujettirait à garantir ses yeux de la vivacité de la lumière par le moyen d'un garde-vue, etc. Mais nous ne croyons pas que leur usage sera généralement adopté par le public, et nous ne pensons pas en conséquence, que l'Académie puisse leur donner son approbation. -

Il va de soi que ce n'est pas par des amusettes de ce genre que Lavoisier s'est imposé aux yeux du monde savant. C'était le prix dont il lui fallait payer sa popularité et son prestige scientifique. Son devoir lui imposait de sacrifier à la notoriété, il lui cédait de bonne grâce, mais il savait fort bien que c'était du temps perdu. Il faisait la différence entre les travaux superficiels qui auraient pu fort bien être exécutés par le premier venu nanti d'un peu de métier, et les oeuvres dignes d'être à la charge des meilleures têtes de la gent scientifique. Il ne s'agissait pas nécessairement des entreprises d'une originalité puissante dont chacune portait le germe d'une révolution de la connaissance, mais Lavoisier s'attachait très volontiers à des sujets rebattus, lorsque sa curiosité était piquée.

Il faut dire que la curiosité de Lavoisier était universelle, et qu'elle s'éveillait à bon escient. Elle débordait du cadre de la chimie et même de la science expérimentale tout entière. On n'en finit pas d'en fournir des exemples frappants. Je n'en citerai pas de très nombreux pour m'arrêter aux plus caractéristiques, qui montreront à quel point sa pluridisciplinarité congénitale correspondait à l'esprit de la Société Philomathique.

En 1777, Lavoisier apporte à l'Académie des Sciences les fruits recueillis dans la nouvelle orientation de ses recherches. A peine avait-il terminé la mise au point du groupe de démonstrations qui faisaient de lui le fondateur de la chimie moderne, qu'il s'était tourné vers la théorie de la respiration, jetant les bases de ce qui devait faire de la physiologie et de la biochimie des sciences à part entière. Il a eu le mérite immense d'assimiler la chaleur animale à celle des combustions vives, leur origine commune étant la fixation de l'oxygène sur une substance oxydable. Il alla jusqu'à associer à ces recherches en 1780-1783 le grand mathématicien Laplace, montrant la fertilité à laquelle peut prétendre le travail associé de deux grands esprits, ils avaient, ensemble, élevé les rudiments de calorimétrie dont on disposait jusque-là à la dimension d'une science véritable. La voie physiologique est celle dans laquelle Lavoisier aurait poursuivi ses travaux s'il avait vécu. C'est peut-être là que son génie éclate avec le plus de pénétration. Qui sait où il l'aurait conduit !

Ce travail, signé Lavoisier et Séguin, a été présenté à l'Académie des Sciences dans sa séance du 14 avril 1790 (Mém. Ac. Sc., 1790, p. 77). Ce n'était pas encore tout à fait le chant du cygne de son œuvre expérimentale. Il y a encore eu une note de Lavoisier et Hauy , «Rapport sur les moyens employés pour mesurer le poids d'un pied cube d'eau », lue le 4 janvier 1793, qui serait restée à l'état de manuscrit autographe jusqu'à l'édition des Oeuvres complètes, t. VI, p. 683-685, s'il n'y avait eu l'intervention de la Société Philomathique. Les deux mémoires dont il est question dans ce paragraphe ont fait l'objet de présentations en séance à notre Société, suivies d'insertions dans le Bulletin de la Société Philomathique de Paris, t. I, p. 14 pour le premier et t. I,p. 39 à 41 pour le second. Ainsi s'éteignit l'activité proprement issue de l'expérience du grand homme qui était encore loin d'avoir donné toute sa mesure.

Mais je tiens à parler brièvement d'une autre forme d'activité à laquelle Lavoisier s'est livré et qui a laissé une trace profonde. Cela se passait en juin 1792, à la veille de l'abolition de la royauté. Le roi lui offre le ministère des Finances, qu'il refuse. Il vient de publier son important ouvrage De la richesse territoriale du royaume de France. II souhaite se consacrer à l'Instruction publique - qui est distincte, cela va de soi, de la Recherche scientifique qui n'avait aucun titre à une existence administrative -, plutôt qu'aux Finances publiques.

Il a d'ailleurs déjà commencé, en orientant ses recherches vers les problèmes de salubrité et sur le lien qu'il y a entre Nutrition et Force de travail. Il a utilement participé au Bureau de consultation des Arts et Métiers. Il se montre indispensable dans chacune des fonctions qu'il assume, successivement ou simultanément. Il n'est pas encore philomathe, mais il se comporte comme s'il l'était, notamment par son aptitude à la pluridisciplinarité. Il l'avait illustrée, répétons-le, en entraînant dans son sillage un homme dont la stature est comparable à la sienne, le grand mathématicien Laplace. C'est avec son aide que Lavoisier a jeté les bases de la biochimie et de la physiologie modernes.

J'illustrerai surtout le rôle joué par Lavoisier, au moyen du travail exécuté pour le Bureau de consultation des Arts et Métiers par une commission dont il était le directeur, et dont il a rédigé les conclusions sous le titre Réflexions sur l'Instruction publique, lues à la tribune de la Convention nationale en août 1793, et qui sont suivies d'un projet de décret. Cette dernière oeuvre ne peut pas être comparée à la magnifique Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain de Condorcet. Elle est loin d'en avoir l'amplitude de vues et la superbe éloquence. Mais elle vise à l'efficacité, elle est tout imprégnée de l'esprit des Lumières, on y trouve des idées surprenantes de nouveauté, comme celle d'une recherche scientifique à la fois organisée et libre.

Le texte dont il s'agit ne tient que 42 pages dans les Œuvres complètes de Lavoisier (t. IV, p. 516-558). Mais comme il n'y a guère de longueurs, cela suffit pour entrer dans les détails les plus minutieux d'organisation des divers enseignements, qu'ils soient de garçons ou de filles, de petits ou d'adolescents. Dans le tableau des matières à enseigner, les rédacteurs se sont moins attachés à suivre une division méthodique des sciences et des arts qu'à rapprocher les différentes parties de l'enseignement capables d'être réunies. Quatre degrés sont prévus, primaire, école des arts, instituts et lycées. II est significatif que le premier paragraphe du projet de décret proposé à la Convention stipule les trois divisions suivantes de l'instruction l'éducation nationale, l'accroissement des arts et des sciences, et le jury des arts.

Il ne me semble pas qu'on ait prêté une attention suffisante à l'importance de l'élément de nouveauté apporté par cette division. Mettre sur le même plan que les autres aspects de l'instruction celui qui a trait au recul des limites des connaissances en tout genre n'est-il pas de caractère révolutionnaire? Et j'en dirai autant des quatre sections qui y sont prévues : les sciences mathématiques et physiques; l'application des sciences aux arts; les sciences morales et politiques; la littérature et les arts d'agrément. Je propose à la Société Philomathique de retenir la liste de ceux qui ont participé avec Lavoisier à la rédaction d'un texte qui mérite d'être tenu pour mémorable : Fourcroy, Desaudray, Hassenfratz et Borda. Il est juste que notre Société prenne l'initiative de rendre justice à ces novateurs.

II serait même bon que par la même occasion soit quelque part rappelé que ce rapport marque une étape préalable essentielle dans la marche vers une professionnalisation de la recherche. On sait à quel point le réputé historien des sciences anglais Maurice Crosland a insisté sur ce caractère, en particulier dans ses études sur GayLussac .


Pourquoi la Société Philomathique?


La réponse à la première question que nous avions posée, Pourquoi Lavoisier?, allait de soi et aurait pu être donnée en deux mots parce que Lavoisier est un des très grands parmi les savants.

Dans son existence active tragiquement fauchée dès la cinquantième année, le savant avait coexisté, sans qu'il fût débordé par eux, avec le physiocrate, l'économiste, l'agriculteur, l'homme des Lumières, le pédagogue, offrant dix autres aspects d'une personnalité riche et attachante. Le chimiste a été doublé, sans en être étouffé, d'un géologue, d'un physicien, d'un physiologiste, d'un adversaire résolu des supercheries et des mystifications qui ne s'appelaient pas encore des fausses sciences.

Je n'ai fait dans cette première partie qu'effleurer le sujet, en développant un peu et illustrant par des exemples, quelques caractères parmi ceux qui sont le moins familiers au public, même éclaire. Tout en opérant de façon schématique, je n'ai pu éviter d'aborder par-ci par-là la deuxième question à laquelle je me proposais de répondre, comment Lavoisier a-t-il été choisi comme parangon des philomathes?

Nous y sommes. Il serait facile d'expédier la réponse en usant d'une pirouette, empruntée il est vrai à un autre de nos saints patrons, rien moins que Montaigne, parce qu'il était lui, parce que nous sommes nous. Mais cet important aspect de l'activité de notre Société a été envisagé à diverses reprises plus haut; et je n'y reviendrai pas. Il s'agit maintenant d'examiner de façon systématique comment les choses se sont passées, sous l'angle des initiatives de la Société. Nous prendrons les choses dès l'époque de sa naissance, fin 1788, en insistant sur le rôle qu'y jouaient les chimistes et la Chimie.

On a du mal à apprécier de nos jours ce qu'il en coûtait il y a deux siècles, en invention et en énergie pour lever les entraves par lesquelles l'administration du régime moribond prétendait s'opposer aux initiatives qui nous paraissent aujourd'hui les plus banales. On accusait de criminelle arrogance celui qui prétendait créer un organisme à but non lucratif, assurer une publication périodique, mener à bien la rencontre régulière de gens cultivant en commun un objectif désintéressé. C'étaient là des entreprises suspectes devant lesquelles les instruments du pouvoir royal déployaient toute leur malveillance.

Les simples phrases suivantes étaient suspectes en 1788 : la Société Philomathique, en cours de création, se destine à revendiquer le rôle modeste d'un organe de publicité sans aucun objectif de profit personnel; elle est mue par un sentiment d'émulation amicale, conforme à l'exaltante devise adoptée dès l'origine par ses premiers adeptes ÉTUDE ET AMITIÉ. Cela exigeait de la part des quelques jeunes hommes qui s'y consacraient une abnégation, une persévérance et un esprit d'entreprise qu'on a peine à mesurer.

Les six conjurés présumés, le médecin Audirac, le chimiste Brongniard, le mathématicien Broval, le médecin Petit, le naturaliste Riche et le physicien Silvestre formaient l'équipe des membres fondateurs. Leur projet était de cultiver et de propager leur goût pour les sciences mathématiques, physiques et naturelles. Le moyen était la création d'une nouvelle Société dont l'effectif serait limité à quelques dizaines de membres, à laquelle ils donnaient déjà le nom de Société Philomathique. Les réunions devaient être soit publiques, soit privées, à l'image de ce qui se pratiquait dans les Académies, qui avaient été créées pour la plupart au XVIIe et au XVIIIe siècle.

Ces jeunes hommes étaient des débutants. A l'expérience, ils ne révélèrent pas une aptitude prononcée à faire carrière scientifique brillante, si l'on excepte celle du plus jeune d'entre eux qui allait sur ses dix-huit ans, le « chimiste » Alexandre Brongniart (1770-1847). Il s'est distingué dans des branches qui débordent largement l'étiquette de chimiste qui lui avait été en quelque sorte imposée, parce que la chimie avait le vent en poupe, et il était le seul de l'équipe que l'on pouvait à la rigueur qualifier de chimiste. II était le seul en tout cas à en posséder certains éléments, suffisants peut-être pour faire illusion à ses collègues, mais nullement aux gens du métier. Ces derniers, il les connaissait un peu, en sa qualité de fils d'Alexandre-Théodore, architecte de renom (1739-1813) membre de l'Académie d'Architecture, très introduit dans la haute bourgeoisie intellectuelle. Il était bien placé pour faire la courte échelle à son fils, si besoin était, pour lui faciliter les démarches commandées par le service de la Société Philomathique, à venir.

Il semble bien que le jeune Alexandre Brongniard ait assez largement utilisé les commodités que lui fournissaient les relations de son père, comme d'ailleurs les siennes propres, qui étaient fort loin de se confiner à la seule chimie. Il était bien davantage minéralogiste, géologue, et devint de bonne heure directeur de l'illustre manufacture de Sèvres, où il fit renaître l'art presque oublié de la peinture sur verre. Membre de l'Académie des Sciences en 1815, il s'était fait connaître par ses travaux originaux de naturaliste spécialiste des fossiles, en même temps qu'il confirmait sa maîtrise de la céramique. II offrait un tableau remarquable de l'exploitation d'aptitudes variées mises à profit avec originalité, dans un temps où l'étroite spécialisation ne faisait pas encore prime.

Alexandre Brongniard n'en devait pas moins publier dans sa vingtième année un travail sur les divers moyens d'améliorer l'art de l'émailleur, qui avait attiré l'attention sur la singularité du personnage, sans accroître particulièrement le crédit qui pouvait être fait à sa qualification comme chimiste. A plus forte raison en était-il ainsi avec son orientation de plus en plus accentuée vers la zoologie, fortement influencée par les travaux faits en commun avec Cuvier. Le moins que l'on puisse dire est que le jeune philomathe Brongniard retardait autant qu'il pouvait le moment où le public scientifique serait fixé sur la nature du domaine qu'il se préparait à défricher pour en faire sa priorité de carrière. Autant la chimie qu'un autre, paraissait-il se dire, ou laisser dire à autrui, et il continuait à se faire cataloguer comme chimiste parmi les fondateurs de l'imminente Société Philomathique.

On ne paraissait pas barrer en haut lieu les projets de cette Société naissante avec autant de virulence que s'il s'était agi d'autres entreprises chimiques, comme celle dont parle Marcelin Berthelot dans sa conférence de 1888 pour le centième anniversaire de la Société. Il y raconte que l'urgence des besoins était plus criante encore en chimie que dans les domaines scientifiques voisins. Les découvertes y allaient bon train, et des hommes de bonne volonté, animés par Adet en 1787, demandaient l'octroi d'un privilège d'impression et de vente pour un périodique consacré aux progrès de la chimie, les Annales françaises de Chimie. Lavoisier, agissant au nom de l'Académie, appuyait cette initiative, mais elle était combattue par le garde des Sceaux, un certain Miromesnil, qui jugeait suffisant de faire paraître une simple traduction française du périodique allemand correspondant. On le voit, ce Miromesnil opérait en précurseur. Il triompha, même après de nouvelles démarches de Lavoisier, toujours au nom de l'Académie. Ces Annales ne purent paraître qu'en avril 1789, à un moment où les barrières séniles cédaient de toute part. « Il fallait la chute imminente de l'Ancien Régime pour que la Science obtînt l'entière liberté de publier ses oeuvres », dit Berthelot pour conclure ce triste épisode.

A la recherche de chimistes représentatifs

Le domaine chimique était en voie de développement rapide, comme le montraient les carrières rapides et fructueuses des aînés de nos fondateurs, les Lavoisier et les Chaptal. L'un et l'autre appartenaient à la génération précédant celle du jeune Brongniart, ils n'avaient pas été touchés par la propagande des fondateurs, en vue de la fondation. L'adhésion à la Philomathique devait se faire attendre jusqu'en 1793 pour le premier, en 1798 pour le second.

On avait grand besoin de chimistes qualifiés, tant pour expliquer au public les découvertes qui allaient se multipliant, que pour parer aux besoins d'industries en création ou en croissance. On ne se bousculait pas pour adhérer à la Philomathique, les fondateurs s'y employaient de leur mieux, spéculant davantage sur la qualité que sur la quantité. Ils avaient raison, et l'on ne doit pas s'étonner si, dans les trois nouveaux adhérents qu'ils cooptèrent en 1789, le 9 novembre, figurait déjà un vrai chimiste, âgé seulement de vingt-six ans, mais amplement confirmé, Nicolas-Louis Vauquelin (1763-1829). Cette adhésion semble bien avoir été provoquée par Brongniart, à qui la solitude de sa spécialité ne pouvait que peser. Nous le félicitons rétroactivement de son choix.

Sorti du rang comme devaient l'être un peu plus tard Faraday, né en 1791 en Angleterre, et Boussingault, né à Paris en 1802, il s'était comme eux illustré de bonne heure, et comme eux il avait sillonné allégrement les avenues les plus diverses des sciences auxquelles il était attaché. Il ne devait cependant atteindre la grande notoriété qu'en 1797 par sa découverte d'un nouvel élément, le chrome, qu'il nomma ainsi pour évoquer l'éclat des couleurs jaune et rouge de nombre des composés de ce métal. En attendant, il était l'élève de Fourcroy, qui lui témoigne une juste considération et viendra le rejoindre parmi les phiomathes en 1793.

L'effectif s'accroît rapidement, bien que les « fondateurs » veillent avec soin sur la qualité des postulants. Pour le recrutement de chimistes, le prestige croissant de Vauquelin opère, tout en visant haut. L'année 1793 est une année faste... si on peut dire ainsi. Les Académies se sentent à juste titre menacées et les plus lucides considèrent la Société Phiomathique comme un bon substitut de fonctionnement, car il ne viendrait à l'idée de personne qu'il y ait eu la moindre compromission entre elle et le pouvoir royal. L'Académie des Sciences est effectivement supprimée en août 1793. La Société Philomathique hérite à l'occasion de certaines de ses attributions les plus précieuses. Un exemple significatif est la vérification de la découverte par Cavendish de la formation d'acide nitreux par action de l'étincelle électrique sur un mélange gazeux d'oxygène et d'azote. Cette vérification est confiée à une commission de trois expérimentateurs, Vauquelin, Silvestre et Riche, tous trois philomathes assidus et responsables. Les adhésions significatives affluent, telles pour les chimistes, celles de Berthollet, Lavoisier, dont l'élection est prononcée le 14 septembre 1793, une semaine avant celle de Lamarck et Fourcroy, deux semaines avant Monge et Prony, six semaines avant Laplace, puis Chaptal, Thénard, Gay-Lussac, Chevreul, jean d'Arcet et Pelletier .

Extension de la Société Philomathique

Les attributions de la Société Philomathique s'étendaient en effet rapidement comme une conséquence de la déchéance imposée aux Universités et aux Académies. Les enseignements qui étaient dans leurs attributions se trouvant supprimés ou en passe de l'être, il appartenait à l'initiative privée de se substituer à eux, sous peine de voir péricliter la transmission même du savoir.

C'est ainsi que la Société Philomathique a ouvert des cours publics «destinés aux éléments des sciences mathématiques, physiques, astronomiques» dans le courant de 1791, et annonçait pour bientôt, au début de 1792, l'ouverture des cours de chimie et de zoologie. On conçoit quel prestige accru il en résultait pour notre Société, avec la nécessité de pallier la défaillance des autorités jusque-là détentrices du savoir et de sa propagation. Les Facultés de Médecine et de Droit avaient été déclarées en déchéance par la loi du 2 mars 1791, les autres établissements d'instruction publique français avaient subi l'aliénation de leurs biens par la loi du 8 mars 1793, agissant rétroactivement à dater du premier janvier précédent. Un décret du 8 août 1793 supprimait « toutes les Académies et Sociétés littéraires, patentées ou dotées par la nation ». Enfin, la « suppression légale des Universités, Facultés et Collèges comme voués à l'aristocratie et à la barbarie » était décrétée par la Convention le 15 septembre 1793, après le vote de la levée en masse et la loi des suspects.

Une Commission spéciale fut désignée par le Comité de Salut public. Elle écouta les rapports de Fourcroy fulminant contre les « gothiques Universités » et les « aristocratiques Académies », et de Bouquier dénonçant l'esprit de caste et l'inutilité d'une oligarchie de savants spéculatifs (lecture du 24 germinal an II, en avril 1794, sept jours après la mort de Condorcet, et guère plus de celle de Lavoisier).

Les Académies ne reparurent officiellement que deux années après leur dissolution, sous le titre et avec la structure d'Instituts, consacrés par la loi du 8 brumaire an IV. Le travail des savants engagés dans les tâches d'enseignement ne fut pas suspendu pour autant, et l'initiative de sociétés privées, au premier rang desquelles figure la Société Philomathique, continua un temps à tenir la place de l'Académie des Sciences. Dans le rapport déjà cité, Marcelin Berthelot rend justice à notre Société : « La Société Philomathique, restée presque la seule des sociétés savantes à vivre à ce moment critique de la Révolution, remplit à cet égard un rôle fondamental et tint la place de l'Académie des Sciences » (Bull. Soc. Philomath., 1928, p. 19). On ne peut pas surestimer le bénéfice moral que notre Société toute nouvellement née retira de l'opération à laquelle, sans le vouloir, elle avait participé. Sa fraction chimique en particulier en tira grand avantage, avec l'atout de première grandeur que lui valait l'entrée de Vauquelin dans le circuit. Aucune ambition ne lui paraissait désormais excessive, et il faut louer le bureau des philomathes d'avoir visé au plus haut en s'attachant le 14 septembre 1793 rien moins que Berthollet et surtout Lavoisier, par un choix dont la postérité n'a manqué à aucun moment de ratifier l'opportunité. Une telle explosion faisait passer le 23 mars 1795 l'effectif des six fondateurs, plus obscurs les uns que les autres, à plus de cinquante-six membres notoires, en pleine activité.

« Honorons-nous, avait dit le fondateur Riche en rapportant pour la première fois en mai 1790 sur les travaux de la Société Philomathique, honorons-nous de ne nous rassembler que pour nous instruire réciproquement. » La modestie était cultivée sans effort par ces jeunes gens, et ils s'étaient installés dans des habitudes d'efforts limités. Comme on l'a vu, des circonstances grandioses faisaient que la suite était différente de ce à quoi ils s'étaient préparés. Us furent à la hauteur des nécessités et s'adaptèrent aux initiatives qu'il leur fallut prendre. La discontinuité fut subie avec honneur par ces hommes de bonne volonté, qui avaient eu à composer avec de vastes espoirs. Au terme de ce coup de feu, entrant dans la sixième année de son existence, leur Société, accoutumée aux efforts fructueux, avait la partie belle, si elle réussissait à continuer à faire face.

Beaucoup d'espoirs, en effet, lui étaient permis. A ce qu'elle voyait, l'élan subi était destiné à avoir des conséquences durables. La tribune offerte par la jeune Société répondait à des besoins manifestes. Il ne faut pas oublier que la Société d'Arcueil était de création bien plus tardive que la Phiomathique, et que son existence brillante fut très brève (1806-1815). Elle était glorieusement élitiste par nature, n'accueillant que les réputations consacrées. La Société Philomathique, par contre, n'hésitait pas à accueillir jusqu'à des débutants. Ce n'était pas par démagogie ou par nécessité, mais par une vocation qu'il faut porter à son crédit, qui tient peut-être aux circonstances de sa création et qui font durablement partie de son originalité.

Un argument sérieux en faveur de la nécessité à laquelle répondait la Philomathique est que le mouvement d'adhésion des célébrités n'a pas tari avec la création de l'Institut, deux ans après la fermeture des Académies. Cela est plus sensible encore en chimie que dans les autres sciences, comme en témoigne la liste suivante de chimistes célèbres, avec la date de ratification de leur adhésion. J'ai cru pouvoir me permettre d'y faire figurer deux mathématiciens occasionnellement apparentés à la Chimie : Monge et Laplace, qui s'y sont illustrés remarquablement.

1789 Vauquelin
1793 Berthollet, Lavoisier, Fourcroy, d'Arcet, Pelletier , Monge, Laplace
1794 Haüy
1797 Adet
1798 Chaptal
1803 Thénard
1804 Gay-Lussac
1808 Chevreul
1825 J.-B. Dumas
1835 Péligot
1836 Frémy, Boussingault
1842 Sainte-Claire-Deville
1845 Bravais
1846 Cl. Bernard
1847 Wûrtz
1851 Friedel
1855 Berthelot
1860 Pasteur
1874 Halphen
1875 Cailletet

Je rappellerai pour en terminer avec cette brillante énumération, que Lavoisier avait été nommé académicien à l'âge de vingt-cinq ans et qu'il n'a pas cessé de se dévouer corps et âme aux fonctions variées qui lui étaient confiées à chaque instant. Cela a duré jusqu'à la suppression de l'Académie des Sciences qui n'a préludé que de quelques mois à la sienne propre. Son oeuvre n'a été interrompue que par la guillotine. L'un de ses derniers gestes publics avant d'être emprisonné le 23 novembre 1793 a été d'obtenir son adhésion à la Philomathique le 14 septembre 1793. II inaugurait ainsi le mécanisme par lequel notre Société, vieille de cinq courtes années, se substituerait bientôt, pour sauver les meubles, à l'Académie en voie de dissolution.

Les circonstances ont servi de la sorte les jeunes fondateurs de la Société Philomathique. II est juste de donner tout de suite la contre-partie, et de constater que les philomathes ont bien servi les circonstances, non dans leur intérêt propre, mais dans celui de la Science et du Progrès, avec des majuscules.

Cependant, même dans la mesure où les conditions favorables avaient persisté un temps, le progrès ne pouvait pas se poursuivre comme dans les années critiques. La Société Philomathique ne s'adressait qu'à un public limité, sur lequel elle avait mordu de façon explosive à partir de 1793. Il lui fallait digérer sa mutation, s'adapter à des nécessités nouvelles, tout en se préparant à subir le contrecoup des transformations attendues ou inattendues. Celles-ci ne devaient pas tarder à apparaître tôt ou tard, comme c'est le cas pour tout organisme vivant.

Et depuis lors?

A l'aube du troisième siècle de son activité, que constatons-nous? C'est une question à laquelle s'efforcent de répondre tous ceux qui ont été appelés par le président André Thomas à prendre part à ces écrits. J'avais rassemblé des documents montrant en particulier quelle espèce de crédit continue à être accordé à l'organisme que nous nous apprêtons à léguer à nos successeurs. Dans quel état se trouve-t-il? En bon état, j'ose le dire, il a de la vigueur, et aussi de la jeunesse!

Je me contenterai d'un seul témoignage, récent. Ce sont les Actes du Colloque Gay-Lussac, où il est longuement et souvent question de la Société Philomathique, dans la période, il est vrai, immédiatement post-lavoisienne. On y lit sous la plume de René Taton, p. 15, que l'admission de Gay-Lussac « en décembre 1804 à la Société Philomathique lui offrit à la fois une tribune pour la présentation rapide des résultats de ses recherches et un terrain privilégié d'échanges pluridisciplinaires »; p. 16, « qu'à l'âge de vingt-huit ans, Gay-Lussac appartenait aux trois sociétés scientifiques les plus prestigieuses, l'Académie, la Société d'Arcueil et la Société Phiomathique ». On trouve plus loin, p. 41-57 la communication de Jonathan Mandelbaum, Gay-Lussac et la Société Philomathique : « L'exemple de Gay-Lussac... illustre bien la carrière de philomathe moyen... dans les années 1807-1810... par la lecture de son célèbre mémoire Sur la combinaison de substances gazeuses les unes avec les autres... Durant ces années, Gay-L ussac fut aussi rédacteur de la section de physique du Bulletin. »

Citant, avec éloges, la contribution de Mandelbaum, je ne dois pas dissimuler que son appréciation du rôle de la Société Philomathique me paraît être à double tranchant. Il dit p. 43 : « En accueillant en septembre 1793 des membres de l'ancienne Académie.., et en continuant durant la Terreur de servir de lieu de rencontre aux savants, la Société s'affirma comme un garant de la continuité de la vie scientifique... Avec la création de l'Institut, elle devint surtout, selon l'expression désormais consacrée, l'antichambre de l'Institut. » Il y a du vrai, mais cela demande à être nuancé, car la fonction de banc d'essai ainsi attribuée à la Société Philomathique, est loin d'épuiser l'intérêt que lui portent la plupart de ses membres.

A titre personnel, j'apprécierai particulièrement la liberté de parole de Silvestre, le successeur de Riche au secrétariat général de la Société, quand il présentait le rapport de l'an VI et célébrait la mémoire de Lavoisier et de Vicq d'Azyr : « Parlerai-je de vos regrets sur la perte de Lavoisier et de Vicq d'Azyr, associés à vos travaux... ? Leur éloge est dans toutes les bouches, leur souvenir est dans tous les cours... Leur mort a pu être regardée comme une calamité pour les sciences et pour l'humanité » (Bull., 1928, p. 22). L'expression de tels sentiments n'est pas une affaire personnelle, elle engage notre Société dans son passé comme dans son avenir.

Et maintenant...?

Il y a encore place dans notre pays et dans le monde entier pour les hommes de bonne volonté comme ceux qui ont forgé la Société Philomathique de Paris. On a encore besoin d'eux.

A mes collègues et amis de montrer que la devise séculaire ÉTUDE ET AMITIÉ est toujours d'actualité.

Notes:

1 - Jonas, éditeur, à Elbeuf-sur-Andelle, 76780, Argueil, 1989.

2 - Possibilités et limitations de l'expérimentation en biologie, Revue philosophique, janvier-mars 1958, cité par Lucien Scheler, Lavoisier et le principe chimique, Seghers, 1964, p. 141.

3 - Oeuvres de Lavoisier, t. IV, p. 204-206; Corresp. fasc. II,, p. 468-469 (27 décembre 1774).

4 - Il est juste d'associer le nom d'Armand Séguin (1767-1835) à ceux de Lavoisier et Laplace, notamment en ce qui concerne la comparaison de la respiration et de la transpiration. Il est répertorié comme chimiste, économiste et financier. Il entra à l'Académie des Sciences en 1796, et fit fortune comme fournisseur des armées. A ne pas confondre avec son homonyme Marc Séguin (1786-1878) de la chaudière tubulaire et des ponts suspendus.

5 - René-Just Haüy (1743-1822), à ne pas confondre avec son jeune frère Valentin Haüy (1745-1822), le bienfaiteur des aveugles. L'aîné était minéralogiste, fondateur de la cristallographie (Ac. Sc., 1783). Il fut emprisonné après le 10 août, mais Geoffroy Saint-Hilaire réussit à le faire élargir, Haüy lui-même plaide la cause de Lavoisier, sans résultat, mais sans suites fâcheuses pour lui.

6 - Actes du colloque Gay-Lussac 11-13 décembre 1978, Ed. de l'Ecole polytechnique, Robinson, 1980. Cf. aussi dans ces Actes les articles de René Taton (p. 11-29), de Jonathan Mandelbaum, Gay-Lussac et la Société Philomathique (p. 41-57), et aussi de David M. Knight (0. 165-175).

7 - Deux mots sur ces derniers, qui faisaient figure marquante parmi les chimistes du temps, mais sont un peu oubliés aujourd'hui. D'Arcet ou Darcet (1725-1801) était une espèce d'ancêtre parmi les chimistes réputés du temps. Sa découverte d'un alliage de bismuth, étain et plomb qui porte encore son nom avait frappé le public et même les spécialistes par son aptitude à fondre à la température de l'eau bouillante.
Bertrand Pelletier (1761-1797), préparateur de d'Arcet au Collège de France, entré à l'Académie des Sciences en 1791, professeur à 1'Ecole polytechnique en 1795. C'est son fils Pierre-Joseph (1788-1842) auquel est due la découverte de la quinine avec son élève Caventou. Les vieux Parisiens se rappellent le monument en bronze qu'ils occupèrent au carrefour Saint-Michel - Abbé de l'Epée et qui disparut pendant l'occupation. Les étudiants irrévérencieux nommaient ce monument Les deux Potards.

Format Imprimable Envoyer cet article à un(e) ami(e)